Message du Directeur exécutif

Message du Directeur exécutif

Les travailleurs de la santé ne peuvent pas éradiquer à eux seuls l’épidémie de tuberculose. Les responsables politiques ont aussi leur rôle à jouer.

Message du Directeur exécutif de L’Union, José Luis Castro – août 2018 

Lors de la Conférence internationale sur le sida 2018 organisée le mois dernier à Amsterdam, j’ai été interpellé par l’intervention d’une infirmière à une séance plénière consacrée aux problèmes liés aux soins antituberculeux et à l’intégration des services de lutte contre la tuberculose et le VIH. Elle a souligné dans son propos la persistance d’une question vitale souvent ignorée ou, au mieux, pudiquement évacuée : celle du soutien aux travailleurs de la santé et de leur protection en tant que partie intégrante de la lutte contre la tuberculose.

Elle a déclaré, je cite : « Mon métier de soignante et d’infirmière est pour moi une vocation et je sais que je suis parfaitement à ma place. Mais je sais aussi que nos appels répétés pour davantage de considération et de moyens – comme des équipements décents, de nouveaux outils, l’accès aux travaux de recherche et à la formation continue, essentiels dans la plupart des métiers mais cruellement absents dans le domaine de la tuberculose – demeurent sans réponse. »

Chacun sait que les travailleurs de la santé exercent dans des environnements complexes, stressants et souvent dangereux. Sans le courage dont ils font preuve pour travailler dans ces circonstances, souvent au péril de leur santé et de leur sécurité, nos systèmes de santé s’effondreraient. Le personnel soignant joue un rôle essentiel pour dispenser les soins de qualité et abordables qui sont au cœur de l’objectif 3 – « Bonne santé et bien-être » – du programme de développement durable des Nations Unies à l’horizon 2030. En vertu de ce principe, chacun devrait pouvoir recevoir les soins de qualité dont il a besoin et quand il en a besoin. Or, comme notre collègue infirmière l’a si bien expliqué, trop souvent les travailleurs de la santé doivent effectuer leur travail de prévention et de traitement de la tuberculose dans un contexte changeant dû à l’évolution des priorités, de la législation et des protocoles, et sans le matériel et les outils les plus élémentaires pour les aider dans leurs tâches.

L’Union déploie ses activités dans certaines des régions les plus pauvres de la planète, où les infrastructures chaotiques, l’instabilité économique et l’inégalité des services de santé sont monnaie courante et ont un impact négatif sur le traitement et les soins de la tuberculose. En Ouganda, par exemple, notre personnel et nos collaborateurs mettent au point des méthodes innovantes pour lutter contre des niveaux de tuberculose inédits chez les adultes et les enfants, en utilisant la téléphonie mobile pour assurer le suivi des patients, ce qui permet d’améliorer considérablement l’adhésion de ces derniers à leur traitement. Et ces mêmes centres pionniers sont confrontés tous les jours à des problèmes d’assainissement, d’approvisionnement en eau potable, d’alimentation électrique et de vétusté de leurs équipements.

Les travailleurs de la santé ne peuvent pas éradiquer à eux seuls l’épidémie de tuberculose, surtout dans des contextes comme celui décrit plus haut. Il est temps d’alléger la pression qui pèse sur les prestataires de soins et de la placer là où elle doit être : sur les hauts responsables politiques, avec lesquels nous devons travailler pour mobiliser les acteurs sociaux et économiques. C’est pourquoi la déclaration politique issue de la réunion de haut niveau des Nations Unies sur la tuberculose, qui s’est tenue le 26 septembre dernier, nous offre une occasion unique d’inciter les dirigeants du monde à prendre des engagements concrets contre la tuberculose. Les acteurs de la lutte contre la tuberculose ont demandé aux gouvernements et aux chefs d’État d’agir sur la base de cinq priorités clés qui traduisent l’approche multisectorielle devant être mise en œuvre et qui, selon nous, s’imposent de toute urgence pour mettre fin à cette épidémie mondiale :

  • Nous devons atteindre toutes les personnes qui ont besoin de soins antituberculeux, où qu’elles se trouvent. Cela signifie combler les lacunes flagrantes en matière de diagnostic, de traitement et de prévention de la tuberculose, en diagnostiquant et en traitant un total de 40 millions de personnes d’ici 2022.
  • Nous devons faire évoluer notre action contre la tuberculose en plaçant les droits de l’homme au cœur de nos interventions. Il s’agit de placer les personnes, quelle que soit leur condition, au cœur de notre action.
  • Nous avons besoin dès à présent de nouveaux outils pour éliminer la tuberculose. Chaque jour des avancées sont réalisées dans le secteur médical, mais l’innovation dans le domaine de la tuberculose est à la traîne. Ces 50 dernières années, seuls deux nouveaux antituberculeux ont été commercialisés, alors que, d’après les estimations de l’Organisation mondiale de la Santé, nous avons besoin d’au moins 18 médicaments.
  • Investir les fonds nécessaires pour mettre fin à la tuberculose. Les ressources investies dans la recherche sur la tuberculose ont été insuffisantes et bien inférieures à celles consacrées à d’autres épidémies, comme le VIH/sida. Deux milliards d’US$ doivent être investis chaque année à l’échelle mondiale dans la recherche-développement sur la tuberculose, soit 1,3 milliard d’US$ de plus que le niveau actuel.
  • Toutes ces mesures appellent un pilotage mondial rigoureux et responsable.

Ces priorités clés sont présentées en détail dans ce document (en anglais). Nul doute que ces mesures permettront de répondre aux problèmes auxquels sont confrontés les travailleurs de la santé à travers le monde. J’espère que l’infirmière qui s’est exprimée à Amsterdam, tout comme le personnel et les collègues de L’Union en Ouganda et des milliers d’autres personnes comme eux, pourront constater dans un an que la lutte contre la tuberculose a été rendue plus équitable et que l’élimination de la tuberculose est un objectif que nous pouvons atteindre.

Œuvrez pour notre cause commune, diffusez les outils numériques préparés par L’Union en vue de la réunion de haut niveau des Nations Unies sur la tuberculose (en anglais).