Message du Directeur Exécutif

Message du Directeur Exécutif

Pourquoi lutte contre la tuberculose et couverture sanitaire universelle vont de pair

Message du Directeur exécutif, José Luis Castro, avril 2019

D’après l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), au moins la moitié de la population mondiale ne bénéficie pas d’un accès complet aux services de santé essentiels, et quelque 100 millions de personnes sont obligées de vivre dans une pauvreté extrême pour pouvoir s’offrir des soins de santé.

Dans ce contexte, l’OMS déploie des efforts considérables pour promouvoir la couverture sanitaire universelle, son but étant que chacun puisse accéder à tout moment aux soins dont il a besoin.

Si l’on considère qu’environ 36 % des personnes atteintes de tuberculose ne sont ni diagnostiquées ni traitées, ou que 90 % des enfants morts de la maladie en 2018 n’ont pas fait l’objet du moindre traitement, il ne fait aucun doute que les principes de la couverture sanitaire universelle vont de pair avec tout espoir d’éradication de la maladie. 

À mesure que nous privilégierons une approche équitable et globale de la santé dans le monde, j’espère que nous pourrons obtenir des avancées notables dans la lutte contre la tuberculose sans oublier pour autant les erreurs du passé.

J’ai bien pu constater les conséquences de ces erreurs lorsque je travaillais au Bureau de lutte contre la TB de la ville de New York au début des années 1990. À l’époque, le nombre de cas de tuberculose aux États-Unis était en constante diminution, et le nombre de services de soins spécialisés pour traiter ces personnes l’était aussi. À la fin des années 1980, la plupart des cliniques et des hôpitaux traitant la TB à New York avaient fermé. La détérioration de l’infrastructure hospitalière a entraîné des échecs de traitement et des rechutes, et le nombre de personnes développant la tuberculose multirésistante (TB-MR) a ainsi augmenté.

Lorsque le VIH a fait son apparition, la ville de New York a été confrontée à une hausse subite du nombre de personnes hautement susceptibles de contracter la tuberculose, tandis que son système de santé n’était plus assez robuste pour faire face à la situation.

New York n’était pas la seule ville dans ce cas. Dans le monde entier, l’approche verticale employée dans la lutte contre la tuberculose, si efficace dans les pays à revenu élevé – mais beaucoup moins dans les pays à faible revenu – avait été peu à peu abandonnée au profit d’une plus grande intégration des activités antituberculeuses au système de santé général.

Ce changement d’approche, qui consistait à intégrer la prévention, le diagnostic et le traitement de la TB aux systèmes de santé généraux durant les années 1970 et 1980 – démarche aussi novatrice que ne l’est aujourd’hui la couverture sanitaire universelle – a justifié à tort le démantèlement de fonctions spécialisées telles que les formations médicales, la supervision et le suivi sur la TB, lesquelles assuraient un approvisionnement adéquat en médicaments, permettaient d’évaluer les dépistages et de mesurer la réussite des traitements.

Et souvent, l’intégration de ces services n’a pas été accompagnée d’une augmentation des ressources. Si l’intégration de certains services relatifs aux immunisations, aux laboratoires et à la logistique des médicaments a été efficace, le résultat global s’est caractérisé par une perte de compétences en matière de prise en charge de la TB.

C’est l’une des raisons pour lesquelles New York – comme d’autres villes à travers le monde – a été prise au dépourvu pour faire face à une épidémie de TB-MR à laquelle, très franchement, nous aurions dû être préparés.

Ainsi, depuis la découverte des premiers médicaments antituberculeux dans les années 1940, nous n’avons fait qu’osciller – à l'image d’une pendule – entre intégration et spécialisation, dans une succession d’approches terriblement désorganisées. (Cette histoire est narrée plus en détail dans l’ouvrage des docteurs Raviglione et Pio Evolution of WHO policies for tuberculosis control, 1948-2001’.)

Il ne fait aucun doute que la couverture sanitaire universelle est le seul moyen de garantir que des soins équitables et centrés sur les personnes soient disponibles pour tout un chacun. Des problèmes de santé communs tels que le tabagisme ou la consommation de drogues et d’autres substances, le diabète ou encore le VIH exacerbent la tuberculose. À défaut de mettre en place un système de santé qui intègre ces questions de santé interdépendantes dans la lutte contre la maladie, et qui délivre un ensemble de services de santé de base dans tous les pays fortement touchés par la maladie ainsi qu'aux populations à haut risque dans les pays où le fardeau de la tuberculose est moins lourd, l’éradication de la tuberculose restera un objectif irréalisable. La prestation de soins axés sur la personne – c'est-à-dire des soins antituberculeux proposés selon un modèle de soins primaires – constitue le meilleur moyen d’aider les familles et les communautés touchées par la tuberculose.

En parallèle, nous devons préserver et cultiver les connaissances et l'expérience générés par nos programmes spécialisés en matière de TB afin de pouvoir suivre nos progrès, ajuster notre plan d’action en conséquence et garantir la responsabilisation pour atteindre les objectifs fixés à la réunion de haut niveau des Nations unies sur la tuberculose.

Nous devons nous tenir prêts à relever tous les défis qui se dresseront devant nous. Face à la menace croissante de la résistance aux antimicrobiens, tout porte à croire que nos compétences en matière de diagnostic et de surveillance – et notre expertise s’agissant d’assurer l’utilisation d'antibiotiques de qualité – joueront un rôle crucial pour faire face à la prochaine grande urgence sanitaire.

Ne commettons pas les mêmes erreurs cette fois.