Réflexions suite à l’Assemblée générale de l’ONU et à la réunion de haut niveau sur la couverture sanitaire universelle : l’innovation et de nouveaux financements sont essentiels pour atteindre les objectifs de 2030

Le Directeur des politiques et de la stratégie de L’Union, Paul Jensen, livre ses impressions sur l’Assemblée générale des Nations Unies qui s’est réunie la semaine dernière et la première réunion de haut niveau sur la couverture sanitaire universelle (CSU) qui y était organisée.

J'ai participé, au nom de L'Union, à l'Assemblée générale des Nations Unies et à un certain nombre de manifestations parallèles sur la tuberculose, l'innovation et la CSU. Au fil des débats officiels de l’ONU, des manifestations parallèles avec des membres de la société civile et du secteur privé et des discussions dans les couloirs, certains thèmes sont revenus de façon récurrente. J’en propose ici une liste succincte.

Le pendule en faveur du renforcement des systèmes de santé ne cesse de balancer. Pour mettre fin à la tuberculose, nous devons trouver le bon équilibre. Lors de la réunion de haut niveau des Nations Unies sur la CSU, la nécessité d’intégrer les programmes verticaux dans les systèmes de santé a été un sujet récurrent. S’il est important de reconnaître les limites des programmes verticaux de lutte contre les maladies, il est également important de reconnaître que certaines fonctions dans les efforts nationaux de lutte contre la tuberculose doivent être préservées, voire renforcées. Mario Raviglione et Antonio Pio ont publié en 2002 un important article (en anglais) dans lequel ils présentent, selon une perspective historique, les politiques de lutte contre la tuberculose recommandées par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Ils démontrent de façon convaincante que depuis des décennies, au moins depuis les années 1940, la lutte contre la tuberculose ne cesse d’osciller entre approche verticale et approche horizontale. Ils montrent en effet que les approches « verticales » spécifiques à une maladie et les approches « horizontales » à l’échelle des systèmes ont toutes deux leurs limites. Selon eux, la solution serait de proposer des soins antituberculeux centrés sur la personne qui soient pleinement intégrés dans le système de santé par le biais des soins de santé primaires, tout en maintenant des programmes solides de surveillance, de supervision, de suivi et de formation dans le domaine de la tuberculose.

Il y a urgence à innover. Il est ressorti de plusieurs manifestations parallèles que l’innovation dans le domaine de la tuberculose progresse trop lentement et qu’il faut accélérer l’innovation si l’on veut mettre fin à la tuberculose d’ici 2030. Comme l’a souligné Peter Sands, Directeur exécutif du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, lors du Sommet annuel de l’innovation sur la tuberculose, même lorsque des innovations voient le jour dans ce domaine, elles ne sont pas déployées et diffusées rapidement, notamment par rapport au rythme de l’innovation dans la lutte contre le VIH/sida. Je pense que Peter faisait ici référence à la tendance de la communauté de la tuberculose à faire preuve d’une prudence excessive dans l’adoption des innovations. Mais cela vaut également pour les pouvoirs publics. L’accélération des progrès en matière de prévention de la tuberculose, en particulier, est un point sur lequel nous devons travailler tous ensemble. 

Les pays doivent se préparer dès aujourd’hui aux innovations de demain. Il est une autre question liée à celle évoquée plus haut par Peter Sands et qui est revenue souvent dans les discussions : l’« état de préparation des pays ». Cette question a à voir avec le niveau d’efficacité avec lequel les pouvoirs publics sont prêts à intégrer les nouveaux outils qui seront issus de la recherche-développement (R&D) sur la TB au cours des prochaines années. Si les pays veulent tirer le meilleur parti des traitements raccourcis, des diagnostics améliorés ou même d’un nouveau vaccin, il est essentiel d’effectuer en amont un travail de préparation. Cette discussion m’a rappelé une étude de 2010 qui montrait qu’une fois que les pays se sont engagés à envisager un changement dans le traitement de la tuberculose, il fallait en moyenne un an pour que les processus décisionnels se mettent en place, puis deux ans pour que le changement s’opère (en anglais). Toute la question est de savoir comment accélérer ce processus tout en assurant son intégrité et en maintenant la qualité des soins. 

Lever de nouveaux fonds, une condition essentielle. L’économiste Jeffrey Sachs a tenu les propos les plus passionnées que j’ai entendus à la réunion de haut niveau sur la CSU. Il arrivait à chaque fois à la même conclusion : l’élément le plus important pour instaurer la CSU ce sont les ressources. (Note : J’étais assis dans la salle où se tenaient les tables rondes multipartites interactives, et non dans celle où les chefs d’État et de gouvernement prononçaient leurs discours.) Les besoins de financement pour mettre en place la CSU sont certes importants, mais M. Sachs a rappelé à la communauté mondiale de la santé que les ressources nécessaires ne représentent qu’une infime partie du financement disponible dans le monde. J’ai trouvé intéressant qu’il profite de son passage à l’ONU pour demander aux personnes fortunées de fournir davantage de ressources – en plus des fonds publics – pour faciliter l’instauration de la CSU. Le Ministre brésilien de la santé, Luiz Henrique Mandetta, qui est le nouveau Président du Conseil d’administration du Partenariat Halte à la tuberculose, a également souligné l’importance d’améliorer la capacité de gestion des programmes de santé, afin qu’ils puissent absorber davantage de ressources et les allouer à bon escient. Les gouvernements ont pris des engagements spécifiques de haut niveau pour prévenir et traiter la tuberculose, investir dans de nouvelles activités de R&D et prendre des mesures concrètes pour instaurer la CSU tout en veillant à ce que personne ne soit laissé de côté. Ainsi, en assurant la disponibilité et l’utilisation judicieuse de nouveaux fonds, on pourra déterminer si les récentes déclarations politiques sur la santé dépasseront le stade des promesses. Les gouvernements auront bientôt l’occasion d’engager des ressources pour tenir leurs promesses, puisque le Fonds mondial s’apprête à lancer une levée de fonds d’au moins 14 milliards d’US$ pour le prochain cycle de reconstitution de ses ressources.

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