Nos experts, février 2018 : Dr Jamhoih Tonsing, Directrice du Bureau de L’Union Asie du Sud-Est

« La campagne "Pour une Inde sans tuberculose" repose avant tout sur le plaidoyer. Grâce à une mobilisation sans précédent, elle a permis de sensibiliser à la tuberculose à travers le pays et d’obtenir l’engagement politique que nous observons aujourd’hui. »

Nos experts, février 2018 : Dr Jamhoih Tonsing, Directrice du Bureau de L’Union Asie du Sud-Est

 

En sa qualité de Directrice du Bureau de L’Union Asie du Sud-Est, le Dr Jamhoih Tonsing dirige les activités de L’Union dans une région où certaines questions de santé publique se posent de façon particulièrement aigüe, notamment en ce qui concerne la tuberculose, dont le développement atteint des proportions épidémiques.

Dans son Rapport 2017 sur la lutte contre la tuberculose dans le monde, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) classe l’Inde en tête des sept pays qui totalisent 64 % des 10 millions de nouveaux cas de tuberculose survenus à travers le monde. Toujours selon le rapport, l’Inde, la Chine et la Fédération de Russie renferment à elles seules la moitié des 490 000 cas de tuberculose multirésistante recensés.

« L’Inde compte le plus grand nombre de cas de tuberculose au monde, faisant de ce pays la première ligne de front dans la lutte contre la maladie », explique le Dr Jamhoih Tonsing. « Tant que nous ne parviendrons pas à éliminer la tuberculose en Inde, l’objectif visant à éradiquer la maladie dans le monde à l’horizon 2030 demeurera un vœu pieux », prévient-elle.

Le Dr Jamhoih Tonsing a pris la tête du Bureau de L’Union Asie du Sud-Est en octobre 2014, après avoir pris part pendant sept ans à plusieurs des principaux symposiums de la Conférence mondiale de L’Union en tant que participante, intervenante et présidente.

Sa formation initiale ne la prédestinait pas à assumer les responsabilités qui sont aujourd’hui les siennes. Psychiatre de formation, le Dr Jamhoih Tonsing a travaillé auparavant à Bangalore dans le domaine de la prise en charge clinique des maladies psychiatriques en lien avec la toxicomanie, notamment l’alcoolisme et la dépendance aux drogues.

Puis, en 2000, elle a rejoint la Division centrale de lutte contre la tuberculose du Ministère indien de la santé pour travailler sur le Programme national révisé de lutte contre la tuberculose du Gouvernement indien, où elle a découvert le travail de L’Union. C’est à ce moment-là qu’elle a décidé de donner un nouveau cap à sa carrière.

« Si L’Union fait figure d’organisation chef de file dans son domaine, c’est grâce à sa rigueur scientifique. Qu’il s’agisse de la recherche opérationnelle, de lutte contre la tuberculose multirésistante, de la lutte contre la tuberculose infantile ou de la formation, le personnel de L’Union est à l’avant-garde et ses experts techniques sont à la pointe dans chacun de leur domaine respectif. M’étant toujours intéressée à la tuberculose, je ne pouvais pas laisser passer l’opportunité de travailler avec les meilleurs spécialistes », confie-t-elle.

Aujourd’hui, le Bureau de L’Union Asie du Sud-Est travaille en étroite collaboration avec les principaux bailleurs de fonds mondiaux et dirige plusieurs projets parmi les plus vastes et les plus ambitieux de la région, par exemple en ce qui concerne l’information sur la tuberculose, la sensibilisation à la maladie, la gestion des subventions pour la lutte antitabac, ou encore son vaste programme de recherche opérationnelle et de formation.

« Mon travail consiste avant tout à diriger le développement stratégique des programmes de L’Union dans la région, à gérer et à consolider l’action du Bureau régional et de son personnel et à assurer la direction nécessaire pour que le Bureau puisse élaborer et mettre en œuvre ses programmes de santé publique », explique-t-elle.

L’un des programmes phares du Bureau est le projet Axshya, une initiative novatrice de la société civile financée par le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme qui vise à améliorer l’accès aux services de diagnostic et de traitement de la tuberculose. Dans son rapport sur la lutte contre la tuberculose dans le monde, l’OMS juge ce point particulièrement important pour des pays comme l’Inde qui ont un système de santé faible et où le secteur privé non réglementé occupe une grande place, avec notamment pour conséquence une sous-déclaration et un sous-diagnostic des cas de tuberculose.

À la lumière du contexte difficile décrit dans le rapport de l’OMS, les réalisations accomplies par le projet Axshya apparaissent d’autant plus remarquables. Depuis son lancement, le projet a permis de diffuser des informations sur la tuberculose et de proposer des services antituberculeux à plus de 17 millions de ménages. Il a également permis de recenser et de dépister plus de 220 000 cas suspects, parmi lesquels plus de 25 000 personnes ont été diagnostiquées positives et placées sous traitement.

« Nous nous sommes imposés, en Inde, comme un partenaire solide et fiable », souligne le Dr Jamhoih Tonsing. « Nous sommes sollicités par le Gouvernement central et les gouvernements locaux, les principaux bailleurs de fonds pour la lutte contre la tuberculose et le tabagisme (le Fonds mondial, USAID et Bloomberg Philanthropies) financent notre action et d’autres organisations manifestent leur volonté de travailler avec nous », explique-t-elle.

Le Bureau de L’Union Asie du Sud-Est est le principal partenaire du projet Challenge TB financé par l’USAID en Inde, qui permet au Bureau de soutenir le programme de soins à base de bédaquiline déployé dans six grands hôpitaux du pays par le Programme national révisé de lutte contre la tuberculose. Mobilisé dans le cadre de la campagne « Pour une Inde sans tuberculose », le Bureau de L’Union Asie du Sud-Est a pu mener diverses actions : il a noué en moins d’un an 17 partenariats avec des entreprises, dont certains ont déjà abouti à la mise en place de projets ; il a amené la presse et plusieurs célébrités à aborder la question de la tuberculose ; et a créé en 2017, à New Delhi, le Groupe indien sur la tuberculose, qui compte plus de 25 parlementaires qui se sont engagés à agir pour éliminer la maladie dans le pays.

Et le Dr Jamhoih Tonsing de confirmer l’impact du projet : « La campagne "Pour une Inde sans tuberculose" repose avant tout sur le plaidoyer. Grâce à une mobilisation sans précédent, elle a permis de sensibiliser à la tuberculose à travers le pays et d’obtenir l’engagement politique que nous observons aujourd’hui. »

On peut citer à titre d’exemple le Sommet sur l’éradication de la tuberculose en Inde, tenu à Dharamshala en 2017, qui a rassemblé des hauts responsables gouvernementaux, des parlementaires ainsi que plusieurs célébrités indiennes pour sensibiliser à la tuberculose et accélérer la lutte contre la maladie. Le sommet s’est conclu par un match de cricket qui, tel une allégorie, a vu s’opposer plusieurs célébrités et responsables politiques indiens pour "remporter la victoire" contre la tuberculose.

Le Dr Jamhoih Tonsing souligne combien il a été utile de faire appel à des célébrités locales pour jouer le rôle d’ambassadeurs : « Nous voulions démontrer à quel point la mobilisation de personnalités et célébrités auxquelles la population s’identifie joue un rôle essentiel pour combattre la tuberculose et s’attaquer à certains problèmes connexes relativement fréquents dans la région, comme la discrimination et la stigmatisation. Ces phénomènes peuvent dissuader les personnes atteintes de tuberculose d’aller chercher l’aide et le soutien dont elles ont cruellement besoin, de peur d’être pénalisées. »

Le célèbre acteur bollywoodien, Amitabh Bachchan, rescapé de la tuberculose et ambassadeur de la campagne, a joué un rôle de premier plan pour sensibiliser à ces questions. Pour le Dr Jamhoih Tonsing, il ne fait aucun doute que la participation de la vedette bolywoodienne a eu un impact bénéfique : « Son engagement nous a permis de démontrer que personne n’est à l’abri de la tuberculose. Donc, si la tuberculose peut toucher n’importe qui, pourquoi stigmatiser les patients ? Cela n’a aucun sens. M. Bachchan donne de la crédibilité et de l’impact à ce message, car il a lui-même été touché par la tuberculose. »

« L’une des grandes réussites de L’Union, en Inde, a été de mobiliser des appuis au-delà des acteurs traditionnels de la lutte contre la tuberculose. De plus, notre équipe est relativement stable, le taux de rotation du personnel est faible et les gens n’hésitent pas à venir travailler pour nous bien que nous ne soyons pas en mesure d’offrir les niveaux de rémunération plus élevés proposés dans d’autres organisations », ajoute-t-elle.

Dans une région largement affectée par les problèmes de santé respiratoire, le Dr Jamhoih Tonsing sait combien il est difficile d’obtenir des résultats tangibles.

« Dans des pays comme l’Inde, le Bangladesh et l’Indonésie, près de la moitié de la population a recours au secteur privé pour se faire soigner. Nous sommes donc amenés à réfléchir à plusieurs questions. Comment les programmes nationaux de santé publique collaborent-ils avec les acteurs privés pour assurer le respect des normes en matière de soins ? Comment pouvons-nous garantir le respect de certains principes essentiels dans le domaine de la santé publique, comme l’adhésion au traitement ou la notification des cas de tuberculose aux autorités publiques ? Que pouvons-nous faire pour réduire les frais élevés supportés par les patients, notamment lorsqu’ils se font soigner dans le secteur privé ? C’est à ce type de question que nous sommes constamment confrontés et essayons d’apporter des réponses », explique-t-elle.

Le Dr Jamhoih Tonsing estime par ailleurs que ces questions devraient figurer à l’ordre du jour de la toute première réunion de haut niveau des Nations Unies sur la tuberculose prévue en fin d’année.

Évoquant l’avenir du Bureau de L’Union Asie du Sud-Est, le Dr Jamhoih Tonsing déclare : « J’espère nous deviendrons autonomes et indépendants pour continuer à répondre aux besoins immédiats des usagers et à fournir les services qui font notre réputation. J’espère aussi que nous continuerons à rallier les meilleurs talents à notre cause et à renforcer notre statut de chef de file éclairé et d’expert dans notre domaine. »

Elle espère également que sa famille continuera de supporter stoïquement les engagements qu’implique une carrière dans le domaine de la santé publique : « Ils doivent endurer les nombreux appels téléphoniques le soir à la maison et aussi mes absences répétées dues à mes déplacements. Grâce à leur soutien, je continue d’une "bonne" mère indienne, bien que je bouscule quelque peu les conventions », plaisante-t-elle en guise de conclusion.

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