« L’épidémie de tuberculose est résolument d’actualité et ce constat est tout aussi invraisemblable que terrifiant et alarmant. » Paul Jensen, Directeur des politiques et de la stratégie de L’Union

En sa qualité de directeur des politiques et de la stratégie, Paul Jensen représente L’Union – et, par voie de conséquence, la lutte contre la tuberculose et d’autres affections de santé respiratoire – au plus haut niveau. Mi-novembre, il a participé, à Moscou, à la première conférence ministérielle de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) consacrée à l’élimination de la tuberculose, qui s’est conclue avec l’adoption d’une déclaration ministérielle réaffirmant l’engagement des signataires à mettre fin à l’épidémie de tuberculose d’ici 2030.

Néanmoins, au rythme actuel des progrès, la tuberculose est encore loin de faire partie du passé.

« Lorsque l’on observe l’ampleur de l’impact de l’épidémie de tuberculose et la connaissance qu’en ont les gens, on est tenté de penser que la tuberculose est le secret le mieux gardé du monde. Nous devons mobiliser bien davantage et, pour cela, nous devons changer la perception qu’ont les gens de la tuberculose. Lorsque nous sensibilisons à cette maladie, il est important de faire comprendre que l’épidémie de tuberculose est résolument d’actualité et que ce constat est tout aussi invraisemblable que terrifiant et alarmant », explique M. Jensen.

M. Jensen a commencé à collaborer avec L’Union en 2014 en tant que consultant pour l’élaboration des politiques, contribuant ainsi à renforcer les capacités de l’Organisation en matière de communication sur les politiques, avant d’être finalement embauché en novembre 2016. « Ma participation aux activités de L’Union remonte en réalité à 2005, lorsque j’ai assisté pour la première fois à la Conférence mondiale de L’Union sur la santé respiratoire, organisée cette année-là à Paris », se souvient-il.

Attiré par l’histoire institutionnelle de L’Union en tant qu’organisation chef de file dans la lutte contre la tuberculose, ainsi que par son envergure mondiale, son expertise technique approfondie et sa fédération de membres influents présents aux quatre coins du monde, M. Jensen a débuté à L’Union en renforçant les capacités de communication de l’Organisation, à commencer par la stratégie et la formulation des messages.

« Le travail le plus important de L’Union consiste à harmoniser ses diverses activités de manière à traduire les données scientifiques en mesures de santé publique. Par exemple, nous effectuons d’importantes recherches. Mais nous publions et diffusons également des résultats de travaux aux quatre coins du monde et nous nous appuyons sur les données issues de ces travaux pour orienter les politiques de santé publique », souligne-t-il.

En sa qualité de membre de l’équipe dirigeante, M. Jensen pilote désormais la stratégie de plaidoyer de l’Organisation, et continue également de participer aux travaux de l’équipe de communication.

Son travail touche à plusieurs domaines : il participe aux travaux de l’ensemble des services de l’Organisation en aidant à élaborer leur stratégie, à formulation leurs messages et à représenter L’Union à divers forums. Il aide actuellement le service TB-VIH à élaborer sa nouvelle stratégie et a récemment révisé une nouvelle position en matière de lutte antitabac concernant les produits à consommer chauffés et non brûlés contenant de la nicotine.

Selon lui, l’action de L’Union n’a jamais été aussi importante qu’aujourd’hui. Alors que la date butoir (2030) de la Stratégie pour mettre fin à la tuberculose approche à grands pas – et que les progrès semblent être au point mort –, il est dorénavant essentiel de sensibiliser les responsables politiques au plus haut niveau partout dans le monde afin qu’ils s’engagent concrètement à accorder la priorité à la tuberculose. Mais le temps presse.

« Les actions de plaidoyer jouent un rôle crucial dans la lutte contre la tuberculose car l’action politique constitue un élément fondamental de la solution », rappelle M. Jensen.

« L’impact de L’Union découle en grande partie de sa capacité à collaborer avec les pouvoirs publics pour les inciter à prendre des mesures qui améliorent la santé des populations les plus pauvres. En fondant notre action sur les meilleures données scientifiques les plus récentes et les plus fiables, nous apparaissons comme un acteur indépendant et crédible poursuivant un objectif clair : améliorer la santé publique », souligne-t-il.

« L’Union doit accroître sa collaboration avec ses membres de manière à renforcer les actions de plaidoyer. Grâce à notre réseau de membres, nous disposons d’une vaste capacité d’influence, expertise et portée géographique. Nous devons en tirer le meilleur parti », fait-il observer.

Pour M. Jensen, le réseau mondial de compétences que constitue L’Union est l’un des aspects les plus intéressants de son activité au sein de l’Organisation. « Si les membres et le personnel de L’Union confèrent à l’Organisation une grande diversité qui constitue sa richesse même, tous partagent un même état d’esprit : le souci de la qualité et de l’impact de leur travail. Ils s’impliquent souvent au-delà du cadre strict de leur mission afin d’obtenir le meilleur résultat possible », explique-t-il.

La réunion de Moscou a constitué une étape décisive en vue de la toute première réunion de haut niveau de l’Assemblée générale des Nations Unies sur la tuberculose prévue en 2018. Les acteurs et les militants de la lutte contre la tuberculose attendent beaucoup de cette réunion, d’où l’importance de bien la préparer.

« La réunion de haut niveau doit aboutir à un changement de paradigme dans la lutte mondiale contre la tuberculose et orienter l’action vers l’élimination de la maladie », prévient M. Jensen. « Dans quelques années nous devrons pouvoir regarder en arrière et dire : "c’est à cette réunion que tout a basculé" », poursuit-il.

Pour M. Jensen, les possibilités offertes par une réunion de cette envergure sont immenses. « Nous ne pouvons nous permettre de penser et d’agir de façon étroite. Les acteurs de la lutte contre la tuberculose ne peuvent pas éliminer la maladie en agissant seuls. Parce que la tuberculose est alimentée par nombre d’injustices qui dépassent le simple cadre médical – pauvreté, logements inadéquats, malnutrition, privation des droits fondamentaux, stigmatisation et discrimination –, nous devons former une coalition beaucoup plus large », souligne-t-il.

Pour éclairer son propos, M. Jensen rappelle le passage du livre The White Plague: Tuberculosis, Man and Society, dans lequel les auteurs, René et Jean Dubos, soulignent l’ ampleur de la stratégie à adopter : « La tuberculose présente des problèmes qui transcendent l’approche médicale classique [...] L’impact des facteurs économiques et sociaux [doit] être tout autant pris en compte que les mécanismes par lesquels le bacille de la tuberculose cause des lésions au corps humain. » Si le livre date de 1952, le propos n’a pas pris une ride.

Pour ce militant de la lutte contre la tuberculose, les modèles ont joué un rôle prépondérant. « Le biologiste et chercheur E. O. Wilson a eu une grande influence sur moi. Je me souviens de la première fois où j’ai vu sa photo dans mon livre de sciences de sixième, lorsque j’avais 11 ans. Il est le premier scientifique contemporain que j’ai découvert. C’est un spécialiste des fourmis ; il passe donc beaucoup de temps près du sol à regarder des choses minuscules. Mais ses raisonnements sont éminemment globaux et visionnaires. Sa connaissance des fourmis lui a permis d’ouvrir tout un champ de la biologie qui étudie le comportement des personnes au sein des sociétés, ce qui l’a ensuite amené à élaborer une théorie originale sur l’unité de la connaissance. Il fait partie de ces scientifiques qui ont le sens de la formule. Son manuel sur les fourmis commence par cette phrase : "Les fourmis sont partout, mais on ne les remarque qu’occasionnellement". Si la formule vaut pour les fourmis, elle vaut tout autant pour les humains. Cette simple phrase peut changer le regard que pose une personne sur son environnement », explique M. Jensen.

Pour M. Jensen, le plaidoyer est une vocation, jusque dans sa vie personnelle. Enfant, j’ai eu plusieurs serpents comme animaux de compagnie qu’il m’arrivait parfois d’emmener avec moi à l’école dans mon cartable. Lorsque j’ai rencontré ma femme, elle m’a très vite dit quelque chose du genre "Sache que je ne pourrai jamais vivre avec un serpent". Aujourd’hui, nous sommes mariés et avons un python dénommé Céleste que ma femme n’hésite pas à embrasser. La force du plaidoyer ! »

Actualités