Le président de l’Union appelle au changement lors de la réunion de haut niveau de l’ONU pour mettre fin à la tuberculose

Le président de l’Union, Jeremiah Chakaya Muhwa, s’est adressé aux plus hauts responsables lors de la toute première réunion de haut niveau des Nations unies (ONU) sur la tuberculose, qui s’est tenue hier, le 26 septembre, à New York.

Il a pris la parole devant un comité multipartite présidé par Isaac Folorunso Adewole, ministre nigérian de la Santé, et le Dr David Sergeenko, ministre géorgien des Personnes déplacées des territoires occupés, du Travail, de la Santé et des Affaires sociales. Le discours d’ouverture a été prononcé par le philanthrope Bill Gates, qui a insisté sur l’action et l’engagement en matière de lutte contre la tuberculose.

Le Dr Chakaya a fait trois propositions lorsqu’il s’est adressé à la Réunion de haut niveau : révolutionner la prévention, accroître la demande de services de lutte contre la tuberculose et aménager les conditions permettant de mobiliser de nouveaux partenaires durant le Mois de la prévention de la tuberculose.

Le texte intégral de son allocution est reproduit ci-après. La vidéo du comité est disponible ici (Dr Chakaya parle de 26:48 à 33:20).

Monsieur le ministre Adewole et monsieur le ministre Sergeenko, excellences, distingués invités et chers membres du comité, collègues, mesdames et messieurs.

Je suis très heureux que ce panel soit aujourd’hui coprésidé par le Nigeria, et t que M. Gates ait prononcé le discours d’ouverture. Cela me rappelle les événements de 2006, lorsque le président du Nigeria à l’époque, le président Obasanjo, et M. Gates, ont lancé le Plan mondial Halte à la tuberculose. C’était un moment important.

Et j’espère que ce moment sera encore plus important. J’espère qu’il sera historique.

J’aimerais vous dire que je suis originaire du Kenya. Et au Kenya, nous perdons environ 120 Kenyans chaque jour à cause de la tuberculose.

Je suis né dans une région rurale du Kenya où la pauvreté est encore très répandue aujourd’hui. Je vis dans une ville où la pauvreté demeure un grand problème. Dans mon village et dans la ville où je vis, des gens sont morts de la tuberculose et continuent à en mourir. Au cours des 25 dernières années, j’ai travaillé dur pour mettre fin à la tuberculose, en tant que clinicien de la tuberculose, en tant que gestionnaire de programme et à divers titres avec des entités comme l’OMS, L’Union, le Partenariat Halte à la tuberculose et le Fonds mondial, mais cette maladie n’a pas été sensiblement affectée.

Nous savons tous que la pauvreté est le principal moteur de la tuberculose et qu’elle influence d’autres facteurs comme la dénutrition, la consommation nocive d’alcool, les mauvaises conditions de logement et les environnements de travail à haut risque.

Nous savons donc que nous ne mettrons pas fin à la tuberculose seuls en tant que communauté de lutte contre la tuberculose, mais nous y arriverons lorsque nous serons rejoints par des partenaires au-delà du secteur de la santé.

Je voudrais donc partager trois propositions.

Numéro 1. Je pense que nous devrions mener une révolution dans la prévention de la tuberculose.

Nos efforts en matière de prévention de la tuberculose sont trop faibles. Parmi les enfants de moins de cinq ans qui sont exposés à la tuberculose à domicile, seulement 23 % ont reçu un traitement préventif l’an dernier. Seulement une personne sur trois vivant avec le VIH a reçu un traitement préventif contre la tuberculose l’an dernier.

Nous savons que les mois suivants l’infection présentent le risque le plus élevé de contracter la tuberculose. Pourtant, parmi les personnes de plus de cinq ans dans le monde entier qui ont été exposées à la tuberculose dans leur foyer l’an dernier, nous n’avons réussi qu’à sélectionner 103 000 personnes et à leur administrer un traitement préventif : peut-on imaginer seulement 103 000 personnes dans 189 pays ?

Dans 109 pays, nous ne disposons même pas de données sur la question de savoir si les contacts familiaux des personnes atteintes de la tuberculose reçoivent un traitement préventif.

Il y a quelques jours, nous avons eu de bonnes nouvelles : un nouveau vaccin en essai clinique se révèle très prometteur. Nous devons poursuivre sur cette lancée pour mettre au point un nouveau vaccin parce que nous avons besoin d’une révolution dans la prévention de la tuberculose.

Numéro 2. Nous devons accroître la demande de services de lutte contre la tuberculose, et pas seulement l’offre.

Et nous devrions commencer par les contacts familiaux des personnes atteintes de la tuberculose. Nous devons respecter les droits de ces contacts. Chacun a le droit de connaître son statut tuberculeux, qu’il soit infecté ou atteint d’une maladie évolutive, et devrait être en mesure de prendre des décisions éclairées en matière de prévention et de traitement.

C’est là que des partenaires extérieurs au secteur de la santé peuvent nous aider. Ils peuvent faire connaître la tuberculose et créer une demande de services en la matière. Nous pouvons commencer par établir des partenariats dans les secteurs affectés par la tuberculose.

Nous devons créer des occasions de faire participer ces partenaires.

Numéro 3. Nous devons créer des occasions de faire participer ces partenaires.

Nous reconnaissons chaque année la Journée mondiale de la tuberculose, une journée très importante pour l’éducation et la sensibilisation du public. Lorsque le public est si peu sensibilisé à la tuberculose, une journée consacrée à la défense des droits n’est tout simplement pas suffisante.

Je propose que nous déclarions le mois de mars Mois de la prévention de la tuberculose. En désignant un mois entier, nous aurons plus de temps et d’occasions pour coordonner les mesures de sensibilisation. Nous pouvons désigner officiellement le temps et l’espace dont nous avons besoin pour éduquer nos dirigeants, engager nos partenaires et mobiliser nos communautés dans la lutte contre la tuberculose.

Nous savons que nos chefs d’État sont très occupés et qu’ils auraient de nombreuses raisons de ne pas participer à la Journée mondiale de la tuberculose. Mais si nous avions un mois entier consacré à la tuberculose, ils n’auraient aucune excuse pour ignorer la tuberculose.

Je terminerai par ceci. L’an dernier au Kenya, mon président, Uhuru Kenyatta, a annoncé un nouveau programme appelé les quatre grands projets. Ce programme favorise le développement national en faisant des progrès dans quatre domaines : la couverture de santé universelle, la sécurité alimentaire, des logements de qualité et abordables, et une amélioration du secteur manufacturier pour créer des emplois et stimuler la croissance économique..

Si ce programme est couronné de succès, il aura un impact important sur la tuberculose au Kenya. Le programme des quatre grands projets est en fait un programme de lutte contre la tuberculose.

Et avec le Mois de la prévention de la tuberculose, nous pourrions aligner les objectifs de la communauté de la tuberculose avec ceux du gouvernement national et de tous les secteurs impliqués dans le développement du Kenya, et développer des collaborations qui servent le développement économique tout en travaillant à l’éradication simultanée de la tuberculose.

En résumé, il est grand temps de révolutionner la prévention de la tuberculose, d’augmenter la demande de services de lutte antituberculeuse et d’aménager les conditions pour mobiliser de nouveaux partenaires dans le cadre du Mois de la prévention de la tuberculose.

 

Je vous remercie beaucoup.

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