José Luis Castro s’est exprimé au Forum mondial sur les droits de l’homme et un monde sans tabac à Bucarest

Le Directeur exécutif de L’Union José Luis Castro a prononcé le discours qui suit à l’occasion du premier Forum mondial sur les droits de l’homme et un monde sans tabac, le 26 mars au Palais Cotroceni, à Bucarest (Roumanie). Des responsables internationaux du domaine de la santé publique et des droits de l'homme s’y sont rassemblés pour évoquer l’épidémie de tabagisme actuelle et déterminer les conditions nécessaires à l’élaboration d’un plan concret pour y mettre fin.

« Il y a un an ce mois-ci, à la 17e Conférence mondiale sur le tabac ou la santé en Afrique du Sud, les délégués adoptaient la Déclaration du Cap sur les droits de l’homme et un monde sans tabac. Il y a dans cette déclaration une formule que je souhaiterais mettre en exergue. La voici :

"Nous convenons que la production, la commercialisation et la vente du tabac sont incompatibles avec le droit de l’Homme à la santé."

Dans l’esprit de la déclaration du Cap, je vous appelle, vous tous qui contribuez à l’application de la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT), à vous appuyer sur les mécanismes de défense des droits de l’homme pour progresser vers la réalisation des objectifs de la CCLAT. Je vous appelle également à œuvrer tous ensemble pour que le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies ajoute à ses objectifs celui de soutenir la mise en application de la CCLAT. »

L’application de la CCLAT est une manière pour les acteurs de la lutte antitabac de participer à la réalisation des objectifs en matière de protection des droits de l'homme. Les organismes de défense des droits de l’homme doivent quant à eux considérer la lutte antitabac comme une question d'importance du point de vue des droits de l’homme. Ces deux objectifs se renforcent mutuellement.

« Je me réjouis de constater que le Groupe de travail intergouvernemental sur les sociétés transnationales et autres entreprises et les droits de l'homme s’intéresse de près à la CCLAT. Comme vous le savez sans doute, cet organisme travaille à l’élaboration d’un instrument international juridiquement contraignant en vue de réglementer les activités des sociétés transnationales et autres entreprises au regard du droit relatif aux droits de l’homme. Le Secrétariat de la CCLAT prend une part active à ces négociations. »

« Nous avons tous le droit de jouir d’un état de santé physique et mental optimal. À cet égard, aucun domaine de politique publique n’est peut-être aussi important que la lutte antitabac. »

« Pour des dizaines de millions de personnes à travers le monde qui sont devenues dépendantes aux produits du tabac, l'industrie du tabac demeure l'un des principaux obstacles à l'amélioration de leur état de santé. »

« L’industrie du tabac a toujours employé un discours visant à fourvoyer les gouvernements et le grand public. Ce n’est pas nouveau. Mais si l'industrie du tabac utilise désormais le langage de la santé publique, nous savons tous que son but est de fragiliser l'adoption et l’application de la Convention-cadre. »

« Toutefois, son ingérence n’est pas uniquement d’ordre rhétorique. La Fondation pour un monde sans tabac, fondée grâce à un investissement colossal de Philip Morris International (PMI), est un instrument devant permettre au géant du tabac de s'inviter à la table des décideurs internationaux dans le domaine de la santé publique. PMI a déclaré que son objectif était d’abandonner progressivement la vente de cigarettes traditionnelles. Nous avons tous en mémoire les gros titres annonçant que PMI " arrêtait la cigarette ".

« Mais PMI n’a fixé aucune échéance pour l’arrêt des ventes de cigarettes. Cette société continue même d’investir dans de nouvelles installations pour produire des cigarettes traditionnelles. En janvier, par exemple, il a été fait état de négociations entre PMI et Mastermind Tobacco concernant une importante prise de participation de Philip Morris au capital du deuxième producteur de cigarettes du Kenya. En 2018, PMI a ouvert une nouvelle usine de cigarettes en Tanzanie, inaugurée par le président tanzanien en personne. Si PMI continue d’investir dans les cigarettes classiques, sa maison mère a récemment acquis 35 % du capital du fabricant de cigarettes électroniques Juul.

« Il semble que son objectif soit d’optimiser les ventes et les profits liés aux cigarettes, aux produits du tabac chauffés et aux cigarettes électroniques, au détriment du droit des personnes à la santé.

« Rien de nouveau sous le soleil, donc : ce qui est bon pour l'industrie du tabac est mauvais pour la santé publique.

« Si nous souhaitons atteindre l’ODD 3.4, qui consiste à réduire d’un tiers le nombre de décès prématurés liés à des maladies non transmissibles à l’horizon 2030, et promouvoir le bien-être et la santé mentale, ainsi que l’ODD 3.3, qui vise à mettre fin à l’épidémie du sida, à la tuberculose et à d’autres maladies transmissibles, nous savons que les pays doivent alors appliquer la Convention-cadre dans son intégralité. Nous savons également que, malgré son nouveau discours qui reprend le langage de la santé publique, l’industrie du tabac souhaite encourager les gouvernements à aller dans l’autre sens. »

« Voilà pourquoi il est si important que nous continuions à travailler côte à côte pour convaincre les gouvernements de placer le droit de l’Homme à la santé au-dessus des intérêts de l’industrie du tabac. Les gouvernements doivent honorer leurs obligations légales et appliquer toutes les mesures de la Convention-cadre, et ce, sans délai. »

« La mise en œuvre de la Convention-cadre est le minimum de ce que l’on doit attendre de la part des gouvernements. Nous savons que le traité incite en réalité les États parties à mettre en œuvre des mesures plus exigeantes que celles requises par la Convention-cadre et ses protocoles. »

« Jeff Collin, professeur en politiques internationales de santé à l’Université d’Édimbourg, et d’autres spécialistes soutiennent que les Objectifs de développement durable ne vont pas suffisamment loin dans la prise en compte des déterminants commerciaux de la santé. C’est pourquoi nous devons établir de nouvelles approches concernant la gouvernance des déterminants commerciaux de la santé. »

« L’un des principaux moyens dont nous disposons pour lutter contre les déterminants commerciaux ayant une influence néfaste sur la santé est de travailler davantage dans un cadre de protection des droits de l’homme. Cela suppose notamment d’inciter les organisations de défense des droits de l’homme à présenter la lutte antitabac comme une cause relevant de leur champ d’action. J’aimerais voir le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies adopter une résolution sur la lutte antitabac. Cela offrirait aux défenseurs de la lutte antitabac un outil précieux pour influencer les politiques publiques au niveau national. »

« Cela contribuerait notamment à établir des collaborations plus étroites entre le Conseil des droits de l'homme et le Secrétariat de la Convention-cadre. Cela nous permettrait également d’intégrer l’aide à la CCLAT aux plans de protection des droits de l’homme à l’échelle des pays. Enfin, cela aiderait les responsables politiques à mieux percevoir les points liens entre lutte antitabac et défense des droits de l'homme. »

« J’aimerais également que nous parvenions à une décision en matière de droits de l’homme dans le cadre de la neuvième Conférence des Parties (COP). Nous avons échoué de peu à la dernière COP. J’espère vivement que la prochaine fois sera la bonne. »

« Et j'aimerais que les défenseurs des droits de l’homme œuvrent à nos côtés pour obliger l'industrie du tabac à rendre compte de ses efforts concernant l'arrêt progressif de la vente de cigarettes traditionnelles. PMI a déclaré qu'il s'agissait-là de son objectif, et nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour l’obliger à tenir ses engagements dans un délai précis. Si PMI ne fixe pas d'échéances, c'est peut-être à nous d’y veiller et de mener campagne ensemble pour que ces échéances soient respectées. »

« Pour peu que nous placions les droits de l’homme au cœur de notre approche et que nous collaborions véritablement avec les défenseurs des droits de l’homme, nous pouvons encore accomplir de nombreux progrès. Je suis convaincu que ce forum marque le début d'une nouvelle ère importante pour la lutte antitabac et pour les millions de personnes dont le droit à la santé continue d'être mis à mal par l'industrie du tabac. »

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