John Paul Dongo, directeur par intérim du Bureau de L’Union Ouganda

« Les familles ont besoin de voir nos projets perdurer, sans interruption et à un niveau de qualité élevé. L’absence de financement cohérent met à mal la pérennité des projets et fait peser une menace sur la vie des patients et les moyens de subsistance »

Portrait « Nos experts » du mois de mars : John Paul Dongo, directeur par intérim du Bureau de L’Union Ouganda

John Paul Dongo est en guerre contre une épidémie. En tant que directeur par intérim du Bureau de L’Union Ouganda, il est, aux côtés de son équipe, en première ligne dans la lutte contre les urgences sanitaires que représentent la tuberculose et le VIH dans la région, notamment la tuberculose de l’enfant et de l’adolescent qui constitue une épidémie en soi mais demeure largement méconnue à travers le monde.

« La tuberculose, la tuberculose infantile et le VIH/sida sont des problèmes de santé publique majeurs en Ouganda », explique M. Dongo. « Le VIH est le premier facteur de risque pour le développement de la tuberculose et la tuberculose est la première cause de mortalité chez les personnes vivant avec le VIH/sida. Le Ministère de la santé mise beaucoup sur la lutte intégrée contre la tuberculose et le VIH pour endiguer ces deux épidémies. Par conséquent, cette approche fait à la fois office de test et de priorité », souligne-t-il.

Le défi est de taille : la prévalence du VIH en Ouganda est estimée à 7,3 %, et environ 44,4 % des patients atteints de tuberculose sont co-infectés par le VIH. La tuberculose de l’enfant et de l’adolescent et les co-infections endémiques TB-VIH et TB-diabète constituent également des défis de santé publique. Mises bout à bout, ces maladies forment une véritable crise sanitaire.

Loin de se décourager, M. Dongo a toujours travaillé dans le domaine de la santé publique jusqu’à arriver au poste qu’il occupe actuellement. Il a rejoint L’Union en 2011 en tant que coordinateur de projet et formateur pour le projet SPARK-TB (Partenariats des bidonvilles pour lutter activement contre la tuberculose à Kampala) de L’Union, après avoir terminé ses études à l’Université des sciences et de la technologie de Mbarara et travaillé pendant un temps comme chef de service à l’hôpital international de Kampala.

« L’Union a mis à ma disposition les moyens nécessaires pour cultiver mon intérêt pour la santé publique. J’ai été impressionné par la façon dont L’Union a compris la structure du système de santé ougandais aux niveaux national, régional, des districts, des établissements et des communautés. L’Union permet également à son personnel de renforcer ses capacités, ses connaissances et sa compréhension des programmes de lutte contre la tuberculose et d’avoir une expérience directe de la mise en œuvre des mesures de lutte contre la tuberculose et la TB-VIH. Je voulais vraiment travailler pour cette organisation », se souvient-il.

Lors de sa création en 2007, le Bureau de L’Union Ouganda était le premier bureau de pays de L’Union en Afrique. Au cours de sa courte histoire, le Bureau a mis en œuvre certains des projets de lutte contre la tuberculose les plus novateurs et les plus efficaces de L’Union. Par exemple, en encourageant les partenariats public-privé, l’initiative SPARK-TB a permis de renforcer les capacités de plusieurs établissements de santé privés dans certains districts de l’Ouganda, facilitant ainsi l’accès des populations pauvres des zones urbaines à des diagnostics et des traitements de qualité contre la tuberculose.

Plus récemment, en janvier 2016, L’Union a lancé une campagne de dépistage actif du diabète sucré auprès de patients atteints de tuberculose, en les orientant également vers des centres de traitement du diabète. Cette campagne a été mise en place en partenariat avec le Programme de lutte contre les maladies non transmissibles du Ministère de la santé, le Programme national de lutte contre la tuberculose et la lèpre et l’Autorité de la capitale Kampala, avec un financement de la Fondation mondiale du diabète. Depuis, la capacité de dépistage et de soins du diabète sucré s’est améliorée dans une dizaine de centres antituberculeux participants : 95 % des patients pris en charge ont subi un dépistage systématique du diabète sucré.

De plus, en 2015 et 2016, le projet DETECT Child TB a permis d’améliorer la recherche, le traitement et la prévention des cas de tuberculose infantile. En partenariat avec le Ministère de la santé et le Programme national de lutte contre la tuberculose et la lèpre, la Fondation pour l’enfance du Baylor College of Medicine et le centre de santé Mildmay, L’Union a piloté le projet DETECT Child TB dans deux districts ougandais grâce à un financement de la fondation ELMA Philanthropies et à un don anonyme versé à Vital Strategies.

Suite à cette intervention, le nombre d’enfants dépistés pour la tuberculose a plus que doublé. À la fin du projet, 80 % des enfants jugés à risque recevaient un traitement préventif contre la tuberculose, contre moins de 5 % avant l’intervention. Le taux de réussite des traitements chez les enfants s’est amélioré, passant de 65 à 82 %. Au niveau national, le projet a aidé le Programme de lutte contre les maladies non transmissibles du Ministère de la santé à élaborer du matériel de formation, des fascicules d’aide ainsi que des outils d’enregistrement et de notification des cas de tuberculose infantile à l’intention des professionnels de santé de proximité et en milieu hospitalier. Il a également permis de mobiliser et de former des agents de santé de proximité afin qu’ils puissent se rendre au domicile des patients, effectuer la recherche des contacts familiaux et aider les patients à suivre correctement leur traitement. Le modèle projet DETECT Child TB sera étendu à dix districts supplémentaires à partir de 2018-2020 par le Programme national de lutte contre la tuberculose et la lèpre, avec le soutien du Fonds mondial.

Il s’agit d’avancées considérables pour un pays où la situation et les défis ne cessent d’évoluer. Selon M. Dongo, « l’Ouganda figure parmi les 30 pays les plus touchés par la TB-VIH et, chaque année, environ 40 % des cas de tuberculose ne sont pas détectés dans le pays. Le Programme national de lutte contre la tuberculose et la lèpre dépend dans une large mesure du financement des bailleurs de fonds. Il manque de personnel et ne dispose pas d’un financement suffisant pour s’acquitter pleinement de son mandat. La tuberculose pharmacosensible n’est pas prise en charge comme elle devrait l’être et les résultats des traitements demeurent insuffisants, ce qui accroît le risque de voir la tuberculose multirésistante se développer et se propager. L’approvisionnement en antituberculeux de deuxième ligne et en cartouches de test est irrégulier. Et en l’absence d’ambulances pour transporter les patients atteints de tuberculose multirésistante, on a recours aux transports publics. Nul besoin de préciser que cela ne fait qu’alimenter la transmission de cette maladie infectieuse. Tous ces éléments donnent une idée de l’ampleur du défi. »

Le personnel du Bureau de L’Union Ouganda a une idée très précise des moyens à mettre en œuvre pour améliorer la situation. « Nous avons besoin de financements soutenus pour mettre en place des projets et, plus précisément, les mettre en œuvre, sans craindre de nous faire couper l’herbe sous le pied. Les familles ont besoin de voir nos projets perdurer, sans interruption et à un niveau de qualité élevé. L’absence de financement cohérent met à mal la pérennité des projets et fait peser une menace sur la vie des patients et les moyens de subsistance. Je veux que les gens comprennent ce que nous faisons dans le pays, qu’ils prennent conscience de l’ampleur du défi et qu’ils nous apportent le financement et le soutien dont nous avons besoin pour relever ce défi », explique M. Dongo.

Compte tenu de la situation en Ouganda et du fait que la tuberculose constitue un problème à la fois économique et sanitaire, l’insuffisance patente des budgets nationaux pour financer la prise en charge de la tuberculose demeure un défi permanent. D’après le dernier rapport de l’Organisation mondiale de la Santé sur la lutte contre la tuberculose dans le monde, le budget du Programme national de lutte contre la tuberculose de l’Ouganda se monte à 54 millions d’US$, dont 29 % seulement sont financés, ce qui signifie que d’autres solutions de financement doivent être trouvées pour couvrir les 71 % restants. Et comme si cela ne suffisait pas, sur les 29 % financés, 3 % seulement proviennent de sources nationales, les 26 % restants étant couverts par des subventions étrangères. Cette réalité a des répercussions au quotidien sur les activités du Bureau de L’Union Ouganda.

Une grande partie du travail de M. Dongo consiste à superviser, former et encadrer des agents administratifs et des responsables de projets qui travaillent sur des programmes de lutte contre la tuberculose, la TB-VIH, le VIH, la tuberculose infantile et la TB-diabète.

« Diriger est un travail à plein temps », souligne-t-il. « Je travaille en étroite collaboration avec les responsables de projets pour planifier les activités, préparer les rapports, les programmes de travail et les budgets et assurer la mise en œuvre des programmes de travail dans des délais précis. Tout cela doit être rapporté au siège de L’Union sous la forme de rapports financiers, de prévisions et de dépenses », explique-t-il.

« Je suis le coordinateur et l’auteur principal de toutes nos propositions de subventions et je suis aussi responsable des demandes effectuées au nom du Bureau de L’Union Ouganda. Je passe beaucoup de temps à rechercher des possibilités de financement, notamment en rencontrant des bailleurs de fonds potentiels, et à assurer la liaison entre notre bureau, le siège de L’Union et les bailleurs de fonds existants. Tout ceci n’est pas facultatif, c’est une composante essentielle de notre travail. La majeure partie de nos activités dépend entièrement des financements des bailleurs de fonds. Le sort des personnes les plus vulnérables en dépend. Les financements ne sont jamais garantis et ils sont souvent difficiles à obtenir », souligne-t-il.

Malgré les difficultés, M. Dongo demeure plein d’ambitions pour l’avenir. « Grâce au modèle du projet DETECT Child TB, je pense que L’Union et ses partenaires sont parvenus à améliorer considérablement les statistiques sur la tuberculose infantile. J’imagine un avenir où cette décentralisation très innovante de la prise en charge de la tuberculose infantile serait transposée à l’échelle nationale et aussi adaptée à tous les pays à ressources limitées à travers le monde. C’est un grand objectif, mais les enfants atteints de la tuberculose, notamment, ont besoin que nous visions haut et que nous obtenions des résultats. Je ne vois pas d’autre option possible », confie-t-il.

M. Dongo s’estime chanceux d’être entouré de figures féminines qui lui donnent la force d’aller de l’avant. « Je tiens à rendre hommage au Dr Paula Fujiwara (directrice scientifique de L’Union) qui, en plus d’accompagner sans relâche chacun des membres de notre bureau, m’a accordé sa confiance pour diriger le bureau ougandais. Et je serai toujours reconnaissant envers l’ancienne directrice de notre bureau, le Dr Anna Nakanwagi-Mukwaya, qui continue de nous apporter son soutien. »

« Je veux rendre hommage à ma famille, notamment à ma mère et à ma femme. À ma mère pour m’avoir élevé seule après la mort de notre cher père. Et à ma femme qui me donne la force dont j’ai besoin dans mon travail et qui m’apprend à mieux écouter ! » Récemment marié, M. Dongo espère fonder un jour une « belle et heureuse famille ».

Bien que L’Union retienne l’essentiel de son attention, il trouve encore le temps pour ses hobbies. « Dans mon temps libre, je pratique l’élevage et l’agriculture. M’occuper de la terre, des cultures et du bétail m’aide à me détendre », conclut-il.

 

Actualités