« J’ai commencé à appliquer le traitement raccourci dans mon nouveau pays. La plupart de mes patients sont maintenant guéris et j’entretiens une amitié durable avec eux et leur famille. »

Alberto Piubello, Coordinateur du programme de lutte contre la tuberculose pharmacorésistante de L’Union

Traiter les patients sous un manguier au Niger sans autres moyens qu’une table, une chaise et des médicaments résume plutôt bien la façon dont Alberto Piubello exerce son travail : avec une détermination sans faille.

Coordinateur du programme de lutte contre la tuberculose pharmacorésistante de L’Union et exerçant depuis plus de 27 ans dans le domaine de la santé publique dans les pays africains à faible revenu, M. Piubello est spécialisé dans la tuberculose, le VIH, le paludisme et, bien entendu, la tuberculose multirésistante (TB-MR).

Repensant à l’époque du manguier, il explique pourquoi il n’a jamais abandonné ses patients malgré le manque de moyens. Il se souvient des recherches du Dr Armand Van Deun sur un schéma thérapeutique raccourci contre la TB-MR et des critiques qu’avait suscitées au départ ce travail pionnier. Pour autant, le Dr Van Deun n’a jamais abandonné. « Cet épisode a eu un fort impact sur moi », confie M. Piubello. « Cela a forgé ma volonté de traiter mes propres patients. En 2007, j’ai été envoyé au Niger en tant que représentant de la Fondation Damien et j’ai commencé à appliquer le traitement raccourci dans mon nouveau pays. La plupart de mes patients sont maintenant guéris et j’entretiens une amitié durable avec eux et leur famille », explique-t-il.

C’est suite à cette expérience que M. Piubello a finalement rejoint L’Union, car il savait que L’Union soutenait le schéma thérapeutique raccourci. Il a commencé à collaborer avec L’Union en 2012, avant de s’impliquer pleinement en tant que consultant, puis, à partir de 2017, en tant que Coordinateur du programme de lutte contre la tuberculose pharmacorésistante.

« Depuis le début de ma carrière de médecin, mon souhait a toujours été de pouvoir proposer des solutions aux personnes vivant dans les pays à ressources limitées. J’ai été inspiré par le travail d’un médecin italien, Giuseppe Moscati, qui a travaillé comme chercheur à l’Université de Naples au début du XXe siècle. Il considérait sa pratique de la science médicale comme un moyen d’atténuer les souffrances et non comme une source de profit. Quand j’ai découvert L’Union, j’ai trouvé que la vision de l’Organisation correspondait parfaitement à ma conception de la pratique médicale. Je pense qu’après 22 ans d’expérience dans les pays du Sud, je suis probablement en mesure d’identifier et de proposer des solutions pratiques à des problèmes concrets », poursuit-il.

Pour s’acquitter de cette mission, M. Piubello voyage – et beaucoup – dans de nombreux pays, proposant à la fois une assistance technique et des formations. Lorsqu’il se rend dans sa ville d’adoption, Niamey, il traite des cas complexes de TB-MR tout en continuant à apporter son aide dans d’autres pays en fournissant une assistance en ligne. « Bien sûr, j’essaie de dégager du temps pour l’investigation clinique et les discussions avec mes collègues. Je participe également à la rédaction de directives », note-t-il.

Les directives qu’il évoque sont celles du prochain guide de L’Union sur le schéma thérapeutique raccourci contre la TB-MR. Si le guide sera à vocation internationale, l'idée de départ n'était pas exactement celle-ci, rappelle M. Piubello.

« Je préparais une directive nationale pour le Niger et, lorsque j’ai présenté l’avant-projet à mes collègues et partenaires, plusieurs d’entre eux m’ont dit qu’ils souhaitaient une directive similaire pour leur pays. Ils voulaient rédiger un guide court et pratique sur les éléments de base de la prise en charge de la TB-MR, et ils m’ont encouragé à préparer un tel document », se souvient-il.

 

Ce travail n’a pas été sans ses difficultés : « Préparer un guide international n’est pas chose aisée car, bien sûr, tous les contextes ne sont pas identiques, et le niveau d’incertitude demeure élevé pour les recommandations internationales car elles évoluent très vite. J’ai néanmoins tenté de rassembler toute l’expérience de terrain accumulée par L’Union dans le domaine de la TB-MR, car le guide doit être un document pratique et doit aussi suivre l’approche reconnue de L’Union », explique M. Piubello.

La directive sera publiée d’ici la fin de l’année. M. Piubello est impatient de voir ce guide renforcer son action, et celle de L’Union, partout à travers le monde.

Il a commencé à s’intéresser au traitement de la TB-MR en 1996, lorsqu’il travaillait au Cameroun. « J’ai participé à l’organisation d’un système de santé à Douala pour des populations disposant de ressources limitées. Nous avons réussi à construire deux hôpitaux et nous avons aussi contribué à organiser l’important travail accompli par cinq centres de santé primaires. Outre les soins de santé primaires, ces établissements administraient des programmes de lutte contre le paludisme, le VIH et la tuberculose. La TB-MR constituait à l’époque un véritable défi et j’ai donc été naturellement intéressé par les résultats préliminaires de l’étude du Dr Van Deun au Bangladesh. J’ai alors commencé à les appliquer dans le traitement de mes patients au Cameroun avec mes collègues Dr Christopher Kuaban et Dr Jürgen Noeske, avant de les appliquer également au Niger, lorsque j’ai déménagé dans ce pays », confie-t-il.

Pour M. Piubello, ce travail sur la TB-MR et les schémas thérapeutiques raccourcis constituent sa plus grande fierté. « Voir de plus en plus de patients guéris est ma plus grande satisfaction », s’enthousiasme-t-il.

S’il a déjà accompli beaucoup de choses, M. Piubello n’en nourrit pas moins d’ambitieux projets pour l’avenir, avec pour objectif principal de faire connaître les avantages que présentent les schémas thérapeutiques raccourcis.

« Les défis de la TB-MR sont bien connus : un faible taux de détection des cas et, surtout, de faibles taux de guérison à travers le monde. Bien entendu, l’aspect fondamental sur lequel nous devons continuer de travailler est la recherche-développement de nouveaux outils de diagnostic et médicaments. Mais je dois souligner que, pour le moment, nous disposons d’un outil extraordinaire – le schéma thérapeutique de courte durée – et il est essentiel que les acteurs de la lutte contre la TB-MR comprennent son potentiel », explique-t-il.

Le 26 septembre se tiendra à New York pendant l’Assemblée générale des Nations Unies une réunion de haut niveau sur la tuberculose. C’est la première fois que l’ONU consacre une telle réunion à cette maladie. Il est à espérer que les dirigeants politiques mondiaux prendront de véritables engagements pour lutter contre la maladie partout dans le monde.

« Il est très important que nous obtenions un engagement international à ce niveau pour lutter contre la TB-MR. Je souhaite que de véritables engagements soient pris et que des ressources soient prévues pour renforcer notre action sur le terrain contre cette maladie mortelle », prévient M. Piubello.

Il sait aussi que L’Union jouera un rôle crucial dans cette bataille. « Dans un monde dominé par l’argent et les gestionnaires, je pense que L’Union doit rester concentrée sur ses valeurs techniques, médicales et humaines. L’Union a une forte connexion avec le terrain et une connaissance approfondie des pays avec lesquels elle travaille. C’est la raison pour laquelle nos méthodes d’assistance technique, de formation et de recherche opérationnelle sont si appréciées. Nous entretenons d’excellentes relations avec le personnel des programmes nationaux de lutte contre la tuberculose à travers le monde, ce qui signifie que nous avons aux quatre coins du globe des collègues très compétents en matière de TB-MR avec lesquels nous pouvons avoir des échanges constructifs », se réjouit-il.

Outre ses activités à L’Union, M. Piubello continue de travailler avec la Fondation Damien et l’Université autonome de Barcelone, et collabore également avec l’Institut de médecine tropicale d’Anvers sur un cours sur la prise de décisions cliniques pour la tuberculose pharmacorésistante.

Son action est véritablement mondiale et, bien qu’il soit né à Vérone en Italie, M. Piubello a toujours voulu travailler dans les pays à ressources limitées. Il est tombé amoureux de l’Afrique et a consacré une grande partie de sa carrière au traitement des patients à travers le continent. « Je n’ai jamais connu un matin en Afrique où je ne me réveillais pas heureux. Je ne suis pas venu ici avec l’idée que je pourrais sauver des gens. Je suis venu partager mes connaissances dans des endroits où il y a peu de médecins. Au cours des 22 années que j’ai passées ici, j’ai vu de jeunes professionnels de santé africains se former et devenir des acteurs clés de la lutte contre la TB-MR à travers le continent et dans le reste du monde. Je suis particulièrement fier de voir que les recherches sur les schémas thérapeutiques raccourcis proviennent des pays du Sud. Je vois chez les jeunes de ces pays un très grand potentiel pour poursuivre ce travail au service des générations futures. »

M. Piubello conserve un amour pour son pays d’origine, qu’il entretient par sa passion pour la cuisine italienne. Son plat préféré sont les bucatini all’amatriciana, des pâtes accompagnées d’une sauce traditionnelle à base de guanciale, tomates, vin blanc, poivrons et pecorino, comme le veut la recette originale de la commune d’Amatrice.

« Mon autre passion est le voyage et la découverte des cultures anciennes et de la nature. Je pense qu’il y a des endroits dans le monde qui procurent à l’âme une paix profonde. L’un d’entre eux est, bien sûr, le magnifique golfe de Naples. L’autre est la place Imam (aussi appelée place Naqsh-e-Jahan, qui signifie l’"image du monde") à Ispahan, en Iran, qui demeure mon pays de prédilection parmi les 70 que j’ai visités. L’Iran possède une culture fascinante, une architecture et des paysages époustouflants et un peuple extraordinaire et chaleureux. »

Nul doute que les centaines de patients que M. Piubello a aidés pendant sa longue carrière de médecin, et qu’il continue d’aider aujourd’hui, diraient la même chose de lui : il est à la fois charmant, déterminé et extraordinaire.

 

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