Gustavo Sóñora : la lutte antitabac n’est pas qu’une question de santé publique, elle touche également aux droits de l’homme

Gustavo Sóñora : la lutte antitabac n’est pas qu’une question de santé publique, elle touche également aux droits de l’homme

Il y a douze ans, Gustavo Sóñora a été engagé comme conseiller juridique de Miguel Asqueta, le parlementaire chargé de rédiger la première loi nationale de lutte antitabac de l’Uruguay. Les négociations sur la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT) de l’OMS venaient de s’achever et l’Uruguay était l’un des premiers pays à ratifier le traité.

Ce faisant, le gouvernement s’engageait à respecter les obligations énoncées dans les 38 articles de la Convention. Un cadre juridique national était alors nécessaire pour mettre en œuvre ces nouvelles politiques de santé publique. Gustavo Sóñora a été à l’avant-garde de ce travail novateur.

« Ça été une aventure passionnante. L’oncologue Tabaré Vázquez était alors président. Il nous a guidés dans notre combat avant-gardiste contre le tabagisme. Tout au long de sa carrière, il avait pu constater les dégâts causés par le tabac. Alors que la CCLAT venait de voir le jour, il saisit l’occasion pour lancer une action préventive globale contre les ravages du tabagisme en mettant en place une solide politique de santé publique.

« Grâce à son appui, nous avons pu avancer rapidement. L’Uruguay a été le premier pays en Amérique latine à introduire une loi antitabac exhaustive, faisant figure de modèle pour la région ».

Gustavo Sóñora était bien placé pour relever ce défi. Avocat de formation, il s’était spécialisé sur les questions ayant trait aux politiques publiques et à la problématique hommes-femmes, avant de travailler pour une organisation non gouvernementale spécialisée dans la recherche sur l’épidémie de tabagisme.

La première loi nationale comprenait une réglementation rigoureuse sur la publicité, la promotion et le parrainage du tabac et prévoyait des mises en garde sanitaires graphiques couvrant 50 % de la surface des emballages des produits du tabac. Depuis ce démarrage rapide, les décideurs uruguayens ont progressivement investi dans le programme de lutte antitabac en s’y référant de plus en plus pour prendre leurs décisions. Le programme uruguayen de lutte antitabac est considéré au niveau mondial comme étant le plus abouti : il s’appuie sur des lois parmi les plus rigoureuses et les mieux appliquées. Le taux de tabagisme chez les adultes est passé de 32 % en 2006 à 23 % en 2011. Et depuis l’entrée en vigueur de la loi sur l’interdiction totale de fumer dans les lieux publics, le nombre d’hospitalisations pour des crises cardiaques a baissé de 22 %.

« Toutes les nouvelles politiques devaient être inscrites dans la loi. C’est en cela qu’a consisté mon travail. En tant qu’avocat, cela a été un immense privilège d’être chargé d’élaborer un cadre juridique pour prévenir les maladies, la pauvreté et les décès prématurés. La lutte antitabac n’est pas qu’une question de santé publique, elle touche également aux droits de l’homme. Lorsque les gens consomment du tabac, leur qualité de vie s’en voit diminuée. Le tabagisme grève les finances et jette le malheur sur les familles et les communautés, tandis que l’épidémie de tabagisme, elle, se poursuit inlassablement.

Lorsque L’Union a ouvert son bureau au Mexique en 2008 pour centraliser son activité de lutte antitabac en Amérique latine, sa nouvelle directrice, Mirta Molinari, a recruté Gustavo Sóñora comme conseiller juridique technique. Dans le cadre de l’Initiative Bloomberg pour la réduction du tabagisme, il fournit une assistance et des conseils aux pouvoirs publics, aux organisations de la société civile et aux juristes de la région.

« Depuis 2008, une grande partie de mon travail consiste à renforcer les capacités de lutte antitabac de juristes des quatre coins du continent grâce à des stages intensifs de plusieurs jours. C’est très important car ce sont précisément ces personnes qui élaborent les politiques publiques. Plus la législation est faible, moins les populations sont protégées contre le tabac. Depuis 2008, nous avons formé chaque année près de 20 juristes. Cette activité a permis d’établir peu à peu un réseau régional de professionnels qui échangent régulièrement des informations. Par exemple, le Pérou prépare actuellement un projet de loi visant à interdire la publicité, la promotion et le parrainage du tabac. Je contribue à l’élaboration de ce projet de loi en prodiguant des conseils sur les bonnes pratiques et les précédents qui existent à l’échelle régionale et en apportant des données scientifiques. Plus les données fournies sont de qualité, plus la loi sera efficace ».

Gustavo Sóñora a également renforcé les capacités de lutte antitabac d’autres groupes d’acteurs clés : responsables politiques, journalistes, groupes de la société civile et organismes chargés de faire respecter la législation.

« Aujourd’hui, les méfaits du tabagisme sur la santé sont presque universellement admis. Il s’agit maintenant d’obtenir le même niveau de compréhension de l’impact du tabac sur les économies aux niveaux familial, communautaire et national. Pendant trop longtemps, l’industrie du tabac a utilisé le commerce international et la finance comme de puissants outils pour faire pression sur les décideurs politiques et les intimider. L’industrie a également utilisé ces leviers pour désinformer et tromper le public ».

La récente victoire judiciaire remportée par l’Uruguay face à contre Phillip Morris International a créé un précédent mondial qui fournit une base solide pour le nouveau travail que nous nous proposons d’entreprendre. La décision rendue en janvier en faveur du Gouvernement uruguayen au terme d’une bataille de six ans a confirmé le droit d’un État souverain de placer la santé de sa population au-dessus des intérêts financiers d’une multinationale du tabac.

« Il s’agit là d’un important dénouement juridique, non seulement pour l’Uruguay et l’Amérique latine, mais également pour la santé publique à travers le monde. Si l’industrie du tabac avait remporté ce procès, cela aurait eu un effet dissuasif sur d’autres pays qui œuvrent pour protéger la santé de leurs citoyens. Cette décision devrait permettre aux pays d’adopter plus rapidement et plus facilement de nouvelles politiques de lutte antitabac efficaces. Nous sommes aujourd’hui à un tournant décisif ».

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