Dr Paula I Fujiwara : Prévenir la catastrophe de la tuberculose multirésistante d'origine humaine

Le Dr Paula Fujiwara ne sait que trop bien ce qu'il advient lorsque l'on sabre les fonds alloués aux programmes de lutte contre la tuberculose et lorsque les systèmes de lutte contre la tuberculose s'atrophient. En tant que commissaire adjointe à la santé de la ville de New York dans les années 1990, elle a dirigé la lutte contre la pire épidémie de tuberculose multirésistante jamais observée dans la ville. « Je me rappelle encore clairement le sentiment d'hésitation qui régnait au sein de la population : cette crainte que prendre le métro ou faire la queue au bureau de poste puisse conduire à une infection brutale et aux deux années de traitement douloureux qui s'ensuivaient », se souvient-elle.

C'est la raison pour laquelle, dans le cadre de la préparation de la Journée mondiale de lutte contre la tuberculose, le Dr Fujiwara s'est rendue à Washington DC, en qualité de Directrice scientifique de L'Union, afin d'informer les bureaux du Sénat des États-Unis des conséquences potentielles de la décision du Président Obama de réduire le financement de la lutte contre la tuberculose pour 2017 de 19 %, soit d'environ 45 millions d'US$.

« Aujourd'hui, les coupes dans le budget fédéral des États-Unis alloué à la lutte contre la tuberculose font le lit d'une nouvelle résurgence de la maladie, non seulement dans les grandes villes comme New York, mais aussi à travers tout le pays », affirme-t-elle.

« Je veux aider le Congrès à comprendre ce qui est en jeu ici : si une autre épidémie de la taille de la ville de New York éclatait, il en coûterait plusieurs centaines de millions de dollars rien que pour la contenir, sans compter le tribut économique et humain. Nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre un nouveau New York. »

Le Dr Fujiwara est un jeune médecin au centre de lutte contre la tuberculose très réputé de San Francisco lorsqu'elle obtient un poste aux Centres de contrôle et de prévention des maladies (Centers for Disease Control and Prevention ou CDC) des États-Unis basé au sein du Département de santé publique de la ville de New York. Elle y rejoint ses confrères, le Dr Thomas Frieden, aujourd'hui Directeur des CDC, et José Luis Castro, aujourd'hui Directeur exécutif de L'Union, dans la lutte pour enrayer l'épidémie de tuberculose multirésistante qui sévit alors à New York.

Avec quelque 800 cas de tuberculose multirésistante active sous traitement et une grande majorité de patients perdus de vue lors du suivi, la situation est telle qu'une refonte totale du programme de lutte contre la tuberculose de la ville s'impose. Ensemble, ils parviennent à faire reculer l'incidence de la tuberculose de moitié et celle de la tuberculose multirésistante de 80 % dans la ville, et le programme qu'ils conçoivent devient un modèle en matière de lutte contre la tuberculose.

« L'épidémie des années 1990 a probablement été la conséquence de la restructuration des fonds opérée dans les années 1980 », estime le Dr Fujiwara. « À l'époque, le gouvernement fédéral des États-Unis avait modifié les modalités de versement des subventions : il avait créé des subventions globales, sans définir explicitement la répartition des fonds. Les bureaucrates pouvaient donc décider que la tuberculose ne constituait plus un problème dans leur juridiction et d'affecter à un autre poste la somme qui y était allouée. Voici comment des changements dans les priorités de financement peuvent avoir des conséquences négatives inattendues. »

« La tuberculose multirésistante est un problème créé par l'homme », affirme-t-elle, « et le manque de financement, conduisant à des défaillances systémiques, joue un rôle central dans son évolution ».

En 2001, les CDC détachent le Dr Fujiwara auprès de L'Union. Elle y travaille sur la tuberculose avec des pays comme l'Ouganda et lance le Programme de soins intégrés contre le VIH pour les patients tuberculeux vivant avec le VIH (IHC), l'un des premiers modèles de soins intégrés couronnés de succès destinés au nombre croissant de patients co-infectés par la tuberculose et le VIH. Elle devient Directrice du premier Département VIH de L'Union puis du Département Tuberculose et VIH consolidé avant d'être nommée Directrice scientifique de l'ensemble de l'organisation en 2013.

Elle considère que sa nouvelle mission consiste à faciliter le travail du personnel et des consultants de L'Union dans les différents bureaux à travers le monde. « Mon rôle est de mettre en lumière leur action et de m'assurer qu'ils disposent des ressources nécessaires pour faire leur travail du mieux possible. J'essaie de lever les obstacles qui jalonnent leur chemin afin qu'ils puissent avancer », explique-t-elle.

La tuberculose multirésistante reste une grande priorité pour le Dr Fujiwara et L'Union. « L'Union est en première ligne dans la lutte contre la tuberculose multirésistante grâce à ses recherches essentielles visant à réduire la durée des traitements. Mais, en définitive, nous ne devons pas nous contenter de développer de nouveaux médicaments ; il nous faut un meilleur vaccin. »

À la tête du comité de rédaction du Quatrième plan mondial pour éliminer la tuberculose 2016-2020 : le changement de paradigme du Partenariat Halte à la tuberculose (Stop TB Partnership), le Dr Fujiwara est parfaitement consciente des objectifs et des défis à venir. Il s’agit aussi bien de résoudre des problématiques spécifiques à la tuberculose, telles que l'impact non mesuré de la tuberculose zoonotique, que de reconnaître que l'éradication de la tuberculose est liée à un monde où des populations en bonne santé vivent dans des communautés, économies et gouvernements stables et prospères. 

« Lorsque vous êtes sur le terrain, vous voyez l'effet de destruction massive qu'a la tuberculose sur la communauté. Nous qui sommes impliqués dans les décisions politiques devons être plus nombreux à rencontrer, dans les pays, les personnes qui sont affectées par nos actions et à dialoguer avec elles ; il en va de notre responsabilité. Car, en fin de compte, nous sommes tous unis par l'air que nous respirons. »

« Je suis venue à Washington cette semaine pour remettre la tuberculose à sa juste place », dit-elle. « Je défends cette cause et mon objectif aujourd'hui est de m'assurer que toutes les personnes formidables avec lesquelles je travaille reçoivent tout le soutien nécessaire pour éliminer cette terrible maladie. »

 

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