Daouda Adam : un défenseur des droits des consommateurs au service de la lutte antitabac en Afrique

Daouda Adam : un défenseur des droits des consommateurs au service de la lutte antitabac en Afrique

À l’occasion du forum mondial sur la lutte antitabac qui s’est tenu l’an dernier, Daouda Adam a été nommé par ses pairs pour défendre les intérêts et faire entendre les préoccupations de la région Afrique. Ainsi, lors de La 7ème Conférence des Parties (COP 7) à la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT) de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), M. Adam a-t-il soulevé, au nom des 30 pays africains présents à la conférence, la question cruciale de la lutte contre l’ingérence de l’industrie du tabac. 

L’ensemble de la délégation officielle de son pays d’origine, le Tchad, n’ayant pu obtenir de visa pour assister à la conférence, M. Adam était le seul représentant tchadien à la COP 7. En tant que conseiller technique de L’Union pour la lutte antitabac en Afrique francophone, M. Adam a eu l’occasion de soutenir ces dix dernières années les efforts déployés dans ce domaine par le Gouvernement tchadien. 

« Les délégués des autres pays africains ont été surpris de voir que le Tchad était représenté par une organisation non gouvernementale. Mais cette situation unique a rapidement donné lieu à des discussions fructueuses puisqu’il m’a été demandé de représenter la région et de m’exprimer en son nom lors des réunions internationales. J’en ai été très honoré. Cela m’a permis de faire entendre certaines des préoccupations les plus pressantes pour l’Afrique en m’appuyant sur l’expertise technique qui fait la renommée de L’Union ».

 Depuis qu’il a rejoint le Département Contrôle du tabac de L’Union en 2000, M. Adam a travaillé dans neuf pays de la région, essentiellement francophones : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée Conakry, Madagascar, la Mauritanie, le Niger, le Tchad et l’Ouganda (anglophone). 

« Lorsque j’ai pris mes fonctions, L’Union jouissait déjà d’une bonne réputation en raison de son approche innovante en matière de lutte contre la tuberculose dans la région. Cela a incité les pouvoirs publics à collaborer avec nous pour lutter contre le tabagisme. Je fournis aux gouvernements et aux ONG de la région une assistance et des conseils techniques sur la meilleure façon de mettre en œuvre la Convention-cadre de l’OMS. Le renforcement des capacités et la formation font également partie intégrante de mon travail, tout l’enjeu étant d’assurer la pérennité des programmes nationaux de lutte antitabac ». 

Contrairement à de nombreux professionnels de la lutte antitabac, M. Adam n’a pas suivi des études de médecine ou de santé publique. Après des études initiales en commerce et en finances, il a complété sa formation avec un Master en administration des affaires à l’Université Panthéon-Sorbonne à Paris. Son nouveau diplôme en poche, il a rejoint l’Association tchadienne de protection des consommateurs, où il a œuvré à l’amélioration de la qualité des produits et des services proposés aux consommateurs. S’il lui arrivait parfois d’avoir à traiter de questions en lien avec la santé publique, ce n’est qu’après avoir travaillé sur la question du conditionnement des paquets de cigarettes, en 1999, qu’il a commencé à s’intéresser à la lutte antitabac. 

« À l’époque, les emballages des produits du tabac ne comportaient aucun message sanitaire. Une situation inacceptable, du point de vue des consommateurs. Cela nous a interpellés et nous avons entamé une difficile bataille pour changer cette situation. 

Dans le cadre de ses recherches sur les droits des consommateurs et le tabac, il a participé à la Conférence mondiale sur le tabac ou la santé à Chicago, où il fit la connaissance de Mirta Molinari, Directrice du Bureau de L’Union Mexique et responsable de la lutte antitabac pour la région des Amériques. Peu après, il rejoignait L’Union. 

« Ma formation en affaires et finances et mes dix années d’expérience dans la lutte antitabac me permettent de discuter avec les responsables politiques des nombreux méfaits du tabagisme et aussi de mobiliser des interlocuteurs qui n’ont aucun intérêt particulier pour la santé publique. Ceci est d’autant plus important à un moment où nous commençons à contrer l’ingérence de l’industrie du tabac sur de nouveaux terrains. Une politique globale est nécessaire pour pouvoir traiter les questions relatives à la fiscalité, au commerce illicite, aux traités commerciaux et à l’agriculture ». 

M. Adam a expliqué que beaucoup a été fait en Afrique francophone, et ce en dépit des ressources limitées. Les taux de tabagisme demeurant relativement faibles dans la région par rapport au reste du monde, la lutte antitabac ne constitue pas une priorité en termes de financement. Mais l’industrie du tabac s’intéresse de près à l’Afrique, estimant que de nombreux pays renferment des marchés inexploités, notamment parmi les jeunes, avec une législation antitabac relativement faible et des terres de premier choix pour la culture du tabac. Aujourd’hui, grâce à l’action menée par L’Union dans la région en matière de lutte antitabac, les pouvoirs publics et les ONG s’emploient activement à établir des partenariats pour développer leurs programmes de lutte antitabac. 

« Ces dernières années, plusieurs pays d’Afrique ont adopté des lois exhaustives visant à réduire la consommation de tabac. Par exemple, le Tchad imprime désormais sur les emballages des produits du tabac des mises en garde sanitaires graphiques qui couvrent 70 % de la surface des paquets. Le pays a également interdit la publicité en faveur du tabac. L’Ouganda, le Niger et le Tchad sont en train d’ouvrir la voie et plusieurs autres pays s’apprêtent à leur emboîter le pas. Mais la communauté internationale doit se rendre à l’évidence et admettre que la prochaine bataille autour du tabac se jouera en Afrique. C’est maintenant que nous devons mobiliser les défenseurs de la santé publique et les responsables politiques ». 

« En 2018, l’Afrique accueillera pour la première fois la Conférence mondiale sur le tabac ou la santé. Nous devons agir dès aujourd’hui pour faire de cette rencontre au Cap un tournant décisif dans la réduction du tabagisme en Afrique ».

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