« Auparavant marginale dans le paysage médiatique du Zimbabwe, la tuberculose est aujourd’hui un sujet qui suscite l’intérêt. »

En tant que responsable de la communication du Bureau de L’Union Zimbabwe, Mme Paidamoyo Magaya est en première ligne dans la lutte contre certaines des épidémies mondiales les plus meurtrières. D’après l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le Zimbabwe figure parmi les 30 pays au monde touchés à la fois par la tuberculose, la co-infection TB-VIH et la tuberculose pharmacorésistante. En outre, quelque 1,4 million de personnes vivent avec le VIH, une maladie présente chez environ 67 % des personnes atteintes de tuberculose. C’est dire l’ampleur du défi auquel Mme Magaya est confrontée au quotidien.

« Outre le taux élevé de co-infection TB-VIH, nous sommes confrontés à la menace croissante de tuberculose pharmacorésistante. Les patients atteints de cette forme de tuberculose, en particulier, font l’objet d’une très forte stigmatisation de la part de la population en général et aussi des prestataires de soins, en grande partie à cause du manque de sensibilisation et de connaissances. Très peu d’investissements et de soutien sont consacrés aux activités de plaidoyer, de communication et de mobilisation sociale. Cela se ressent au niveau des résultats et entretient aussi l’ignorance », explique-t-elle.

Mme Magaya a rejoint L’Union en 2015, après avoir travaillé pour le Ministère zimbabwéen de l’intérieur, le Réseau national du Zimbabwe des personnes vivant avec le VIH (ZNNP+) et l’organisation Population Services International. Déjà dotée d’un impressionnant bagage universitaire et postuniversitaire en communication, relation presse et relations publiques, elle n’en a pas fini avec les études. « J’envisage d’entamer dans un proche avenir un doctorat en communication », confie-t-elle. Son passage par la compagnie de radio-télédiffusion nationale zimbabwéenne lors d’un précédent emploi a également été une étape décisive pour la suite de sa carrière.

Toutes ces expériences lui permettent de comprendre en profondeur les problèmes de planification, de coordination et de mise en œuvre de la lutte contre la tuberculose au Zimbabwe. Mais son engagement a aussi été façonné par des événements de sa vie privée.

« J’ai perdu un frère des suites d’un cancer après que de mauvaises décisions ont été prises par manque de sensibilisation et de connaissances. Dans mon entourage, j’ai vu plusieurs personnes décéder du VIH et de maladies apparentées. J’ai alors compris que je devais agir, non seulement auprès de ma famille, mais aussi auprès des communautés, pour mieux informer à propos de ces maladies et amener les gens à réagir de façon appropriée lorsqu’ils tombent malades. Puis, en 2009, lorsque j’ai commencé à travailler sur les questions de plaidoyer et de communication pour le ZNNP+, j’ai tout de suite su que j’avais trouvé ma voie », se souvient-elle.

Lorsque Mme Magaya a vu que le Bureau de L’Union Zimbabwe recherchait un responsable de la communication, postuler lui a paru comme une évidence. « L’Union est connue pour son expertise technique et son professionnalisme et j’ai souvent été admirative face à l’engouement et l’engagement de l’équipe de L’Union lors des réunions de planification nationale de lutte contre la tuberculose. J’étais impressionnée par leurs approches novatrices largement documentées et étayées par des données solides. Je me souviens surtout de leur humilité, notamment lors de leurs échanges avec toutes sortes d’interlocuteurs. Ils veillaient toujours à ce que chacun se sente à sa place. Je savais qu’en intégrant une équipe aussi dynamique, j’apprendrais énormément et je disposerais des outils nécessaires pour faire évoluer la lutte contre la tuberculose », confie-t-elle.

Lorsqu’elle a rejoint L’Union, Mme Magaya avait plusieurs objectifs immédiats : établir une communication efficace ; mettre à profit son expérience en relation presse pour accroître la couverture médiatique sur la tuberculose et les activités de L’Union ; utiliser ses contacts au sein du Parlement pour promouvoir l’engagement des responsables politiques en faveur de la lutte contre la tuberculose ; et créer une image de marque forte et reconnaissable pour L’Union en participant aux manifestations organisées par les partenaires et aux événements nationaux. Or, à son arrivée, le Bureau de L’Union Zimbabwe, n’avait pas véritablement de service communication ni de personne chargée de cette question et des activités connexes.

« Je partais de zéro. Je devais donc proposer des interventions et des activités fondées sur des données probantes. J’ai coordonné l’enquête sur les connaissances, attitudes et pratiques en matière de tuberculose dans les communautés, dont les résultats ont été repris pour élaborer la stratégie de communication qui guide actuellement notre travail jusqu’en 2020. J’ai mis en place un bulletin d’information annuel qui permet de présenter nos activités à un public local et international », explique-t-elle.

Dans le cadre de ses fonctions, elle est amenée à travailler quotidiennement en étroite collaboration avec le département de communication du Programme national de lutte contre la tuberculose. Une part importante de son travail consiste également à mener chaque semaine dans la presse des campagnes de sensibilisation et d’information sur le VIH, la tuberculose et d’autres questions connexes comme la stigmatisation et l’impact des co-infections du diabète sucré. Ces trois dernières années, elle a notamment mis en place un programme de mentorat pour amener les journalistes à produire des sujets détaillés et étayés sur la tuberculose, le VIH et le diabète. Ce programme s’adresse aux journalistes médicaux exerçant au sein de médias publics comme privés. Les participants sont encadrés par des rédacteurs en chef et des producteurs du monde des médias de manière à accroître l’intérêt pour le programme de lutte contre la tuberculose, généralement peu présent dans la presse.

Sélectionnés parmi les médias nationaux, régionaux et communautaires de la presse écrite, audiovisuelle et en ligne afin d’accroître la couverture médiatique sur la tuberculose, les participants bénéficient d’un accompagnement pendant une période de six mois et doivent produire au moins un article de fond par mois.

« Jusqu’à présent, nous avons formé des journalistes de l’organe national de télédiffusion, la compagnie de radio-télédiffusion nationale zimbabwéenne, et de médias de premier plan tels que Zimpapers, Alpha Media Holdings, Modus Media, Associated Newspapers of Zimbabwe et AB Communications. Nous travaillons également avec l’Union des journalistes du Zimbabwe, qui compte plus de 800 journalistes membres », explique Mme Magaya.

Pour assurer le succès du programme, il est essentiel de faire connaître auprès des journalistes médicaux les programmes en cours pour qu’ils puissent ensuite relayer l’information auprès de la population. Le programme a donné de bons résultats, notamment avec la parution de sujets de qualité. « L’an dernier, plus de 60 articles sur la tuberculose ont été publiés dans la presse. Auparavant marginale dans le paysage médiatique, la tuberculose est aujourd’hui un sujet qui suscite l’intérêt. Je suis très fière lorsque des gens me disent qu’ils ont entendu parler de la tuberculose ou de L’Union à la radio. Avant mon arrivée à L’Union, la question de la tuberculose était rarement abordée dans la presse, sauf lors de mobilisations nationales comme la Journée mondiale de lutte contre la tuberculose. Grâce aux débats suscités dans la presse sur les questions de santé, au programme de mentorat et aux visites de terrain pour les journalistes, le programme bénéficie désormais d’une bonne visibilité, tout comme L’Union en tant que partenaire clé dans la prestation de services », souligne Mme Magaya.

Alors qu’approche à grands pas la toute première réunion de haut niveau des Nations Unies sur la tuberculose (le 26 septembre à New York), ce type de sensibilisation médiatique sur l’impact de la maladie et le travail effectué par les acteurs de la lutte contre la tuberculose pour en atténuer les effets n’a jamais été aussi essentiel. Il est tout aussi important de mobiliser les dirigeants mondiaux pour qu’ils participent à la réunion de haut niveau et prennent à cette occasion des engagements concrets et vérifiables pour accélérer l’élimination de la maladie.

Le travail que Mme Magaya effectue auprès des parlementaires joue également un rôle essentiel pour accroître les investissements et les ressources au niveau national.

« Depuis notre première réunion d’information avec les parlementaires en 2015, plus d’un tiers d’entre eux (140 sur 350) ont signé la Déclaration de Barcelone pour éradiquer la tuberculose, dont l’ancien Vice-Président et l’actuelle Première Dame du Zimbabwe. En 2016, j’ai joué un rôle déterminant dans la création du groupe parlementaire du Zimbabwe sur la tuberculose, dont le Président a été élu co-Président du groupe parlementaire africain sur la tuberculose. En 2017, j’ai coordonné la première participation de parlementaires aux manifestations organisées dans le cadre de la Journée mondiale de lutte contre la tuberculose, au cours de laquelle 13 parlementaires se sont prêtés à un dépistage de la tuberculose, du VIH et du diabète », se souvient-elle.

« En termes de financement, le programme de lutte contre la tuberculose repose davantage sur les donateurs que sur les caisses publiques. Mais je pense qu’avec la volonté politique adéquate, il est possible de changer radicalement la donne. De plus, étant donné la forte stigmatisation persistante autour de la maladie, la mobilisation de parlementaires respectés susceptibles de promouvoir le programme dans leur circonscription est devenue un objectif fondamental pour nous », souligne Mme Magaya.

Pour elle, l’engagement sérieux des responsables politiques pour éradiquer la tuberculose à l’échelle mondiale n’est plus négociable. « Nous n’avons pas d’autre choix. Il faut absolument que les dirigeants du Zimbabwe prennent leurs responsabilités au sérieux et s’engagent à améliorer la situation sanitaire du pays. L’un de mes plus grands souhaits est de faire en sorte que chacun soit informé sur la tuberculose et n’ait pas peur de se faire dépister ou traiter », confie-t-elle.

Pour ce qui est de l’avenir, Mme Magaya explique vouloir continuer à progresser et devenir l’une des principales spécialistes en communication sanitaire dans son pays et au-delà. « Faire partie de L’Union constitue pour moi un privilège car je dispose ainsi d’une plateforme qui me permet d'évoluer professionnellement. J’ai pu suivre les cours du Programme international de développement managérial et j’ai eu l’honneur de participer l’année dernière à la 48ème Conférence mondiale de L’Union à Guadalajara, où j’ai présenté des affiches sur l’engagement politique au Zimbabwe.

Pour relever les défis liés à sa fonction, notamment le fait de devoir travailler sans relâche pour obtenir des résultats, elle sait qu’elle peut compter sur l’équipe du Bureau de L’Union Zimbabwe, qui est comme « une grande famille », et aussi sur sa mère, qui est sa « plus grande admiratrice ». « Elle voit le meilleur en moi, même lorsque j’ai des baisses de moral. Elle me dit toujours combien elle est fière de savoir que mon travail sert à sauver des vies. Le seul moment où elle se montre plus critique, c’est lorsque je chante à la chorale de l’église. Elle ne manque jamais une occasion de me signaler que je chante faux ! », s’amuse-t-elle.

Pour plus de plus amples renseignements sur le Zimbabwe dans le domaine de la santé, voir la page de synthèse sur le site de l’OMS (en anglais).

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