Au Zimbabwe, l’utilisation locale des données sur la TB aide à améliorer la qualité des données et des traitements

Fournir au personnel des centres de soins antituberculeux locaux les outils nécessaires pour collecter, classifier et analyser leurs données relatives à la tuberculose (TB) permet d’améliorer la qualité des diagnostics et des traitements : c’est ce qui ressort d’une étude de cohorte rétrospective conduite par L’Union en collaboration avec le Programme national zimbabwéen de lutte contre la tuberculose (PNT).

Les résultats, publiés dans le numéro de mai de l’International Journal of Tuberculosis and Lung Disease (IJTLD), démontrent que cette approche, viable et peu coûteuse, a entraîné des améliorations sur plusieurs plans : une meilleure détection des patients atteints par la maladie et des cas suspects ; une baisse de la proportion de patients n’ayant pas fait l'objet d’un diagnostic sous forme de frottis de gorge ; une hausse du dépistage du VIH ; la prise en charge des traitements antirétroviraux et la réussite de ces traitements ; une réduction de la proportion de décès ainsi qu’une augmentation des données de qualité. 

Cet article, basé sur une étude de cohorte rétrospective de 2012, compare les données sur la TB collectées avant et après la période d’étude pour plusieurs centres antituberculeux situés dans trois districts du Zimbabwe. Le Zimbabwe fait partie des pays à forte prévalence de tuberculose, de tuberculose multirésistante et de TB-VIH.

Avant cette expérience, les modalités de collecte et de compte-rendu des données dans les districts visés par l’étude suivaient en grande partie les recommandations internationales : les données relatives à la TB étaient collectées dans les centres, mais leur compte-rendu débutait au niveau des districts et les rapports ainsi produits étaient soumis au programme national et provincial de lutte contre la tuberculose. Les analyses étaient conduites de manière centralisée avant d’être agrégées aux rapports nationaux et internationaux. Or, ces données n’étaient que rarement analysées ou utilisées aux niveaux inférieurs, et aucune appréciation n’était donnée aux équipes ayant communiqué ces données en premier lieu. Les équipes locales ne réalisaient donc pas l’importance de la collecte et du compte-rendu des données, d’où la mauvaise qualité de ces dernières. En outre, les réunions de supervision et d’évaluation ne s’appuyaient pas suffisamment sur les données.

Une fois formé à l’exploitation des données sur la TB collectées chaque trimestre par ses soins, le personnel des centres de soins antituberculeux locaux a été en mesure d’évaluer des indicateurs clés élaborés en lien avec les principaux objectifs : endiguer la transmission du bacille tuberculeux grâce à une détection précoce, et traiter efficacement les patients sans créer de pharmacorésistance. En relevant des valeurs situées en dehors du champ attendu pour certains indicateurs clés, le personnel a pu définir des interventions ciblées en vue de répondre à certaines problématiques spécifiques.

Il s’agit de la première étude jamais réalisée sur l’utilisation locale de données relatives à la TB dans le but de renforcer la supervision et la qualité des données et des soins en matière de tuberculose. Cette initiative a permis au personnel local de mieux s’approprier les données sur la TB et ainsi d’établir un ordre de priorité des mesures nécessaires pour améliorer la qualité des soins. En outre, elle a favorisé la prise en compte des données lors des réunions de supervision et d’évaluation, lors desquelles les équipes et leurs coordinateurs ont été encouragés à émettre des recommandations pour chaque centre de soins ainsi qu’à l’échelle du district. Cette initiative a également aidé à repérer les centres de soins comptant peu de personnes diagnostiquées positives ou de cas suspects, incitant le personnel à s’interroger quant aux raisons éventuelles. L’amélioration de la qualité des données a également été favorisée par la pertinence accrue des données mises à disposition du personnel au niveau des centres et du district.

La collecte systématique des données et leur ventilation s’avèrent indispensables pour atteindre les Objectifs de développement durable (ODD) et mener à bien la stratégie de l’OMS visant à mettre fin à la TB. Mais la qualité des données peut demeurer un défi majeur dans de nombreux pays. Le nombre de patients de la maladie peut être minoré ou exagéré, les taux de réussite des traitements peuvent s’avérer imprécis, et il peut y avoir écarts entre le nombre de cas diagnostiqués et ceux comptabilisés.

L’approche décrite dans cet article, qui peut être menée dans des conditions d’exercice normales, propose un modèle simple pour améliorer les diagnostics et les traitements dans les régions disposant de ressources limitées Les pratiques des PNT peuvent être adaptées et cette approche peut être étendue à d’autres régions ou pays.

L’International Journal of Tuberculosis and Lung Disease est la revue officielle de L’Union. Celle-ci est distribuée dans plus de 165 pays dans le monde. Pour de plus amples renseignements sur cette revue et sur les conditions d’abonnement, voir cette page (en anglais).

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