Au Bangladesh, les lois antitabac sont conçues pour faire respecter un principe fondamental : le droit à la vie

Syed Mahbubul Alam est le conseiller technique de L’Union sur la lutte antitabac pour le Bangladesh. Il a commencé son combat dans ce domaine à la fin des années 1990 en s'investissant dans une campagne contre une promotion de British American Tobacco. 

M. Alam était alors bénévole au sein de la Work for Better Bangladesh Trust (WBB), une organisation dynamique de la société civile mobilisée sur de nombreux fronts dont la santé publique. En 1999, la WBB Trust a appris que British American Tobacco (BAT) prévoyait d'organiser au Bangladesh la grande finale de sa tournée promotionnelle « Voyage of Discovery » couvrant 17 pays. Au vu de l’explosion des maladies liées au tabac, elle a décidé d’essayer d’empêcher la tenue de l’événement de BAT. Pour ce faire, elle a formé la Bangladesh Anti-Tobacco Alliance (BATA) réunissant les principales organisations de lutte antitabac du pays, afin de créer un front commun contre le marketing de l’industrie du tabac. 

« Nous avons découvert qu'il n’existait aucune loi spécifique visant à empêcher la promotion de produits mortels. Alors que le Bangladesh enregistrait l’un des taux de tabagisme les plus élevés au monde, et des pertes financières et sociales consécutives colossales, rien dans la loi ne nous permettait d’arrêter ce coup marketing mortel. BATA a néanmoins adressé une requête écrite à la cour suprême, au motif qu'autoriser cette campagne constituait une violation de l'obligation fondamentale du gouvernement de protéger le droit à la vie. À notre grande surprise, la cour a statué en notre faveur ! »

Fort de sa victoire, M. Alam a pris conscience que des progrès considérables pouvaient être accomplis en matière de protection de la santé publique à condition de disposer d’un cadre juridique solide ; et sa formation en droit pouvait s'avérer utile à cet effet.

« Mes connaissances en santé publique étaient très limitées. Je voyais toutefois que des compétences juridiques étaient nécessaires pour faire avancer la lutte antitabac au niveau national. De nombreux médecins et experts en médecine défendaient cette cause, mais il nous fallait réfléchir et travailler différemment. Alors que nous, les organisations de la société civile, avions organisé de nombreuses actions visant à sensibiliser la population aux effets nocifs du tabagisme, celles-ci n’avaient que peu d’effet. J'ai alors décidé de mettre ma carrière au service de la lutte antitabac. »

Au cours de ses premières recherches, choqué par la découverte des sommes dépensées par le Bangladesh pour soigner les personnes tombées malades à cause du tabagisme, M. Alam a compris que l'approche préventive était celle qui aurait le plus d'impact et offrirait le meilleur rapport coût-efficacité. 

« Les grands fabricants de tabac promeuvent leurs produits mortels, rendent les consommateurs dépendants et en dégagent d'énormes bénéfices. Si nous pouvons empêcher cela, nous pouvons sauver des millions de vies. Les cadres juridiques sont les meilleurs outils pour contrôler l’industrie. Cela reste très motivant pour moi. » 

M. Alam a commencé à collaborer avec le Département Contrôle du tabac de L’Union en travaillant pour la WBB Trust, qui recevait une aide financière et technique pour ses projets de lutte antitabac en qualité de bénéficiaire de L’Union dans le cadre de l’Initiative Bloomberg pour la réduction du tabagisme. En 2015, M. Alam a rejoint L’Union et est devenu son conseiller technique pour le Bangladesh.

Jour après jour, il travaille au côté des bénéficiaires, du gouvernement et des décideurs politiques afin d'orienter et d'appuyer la mise en œuvre de lois antitabac, et d'apporter des conseils et de susciter un élan en faveur de l’adoption de nouvelles politiques de protection de la santé. L’Union compte actuellement six bénéficiaires au Bangladesh.

« Depuis 2005, nous avons fait de grands progrès. À l’époque, tout le monde fumait partout et cela était tout à fait toléré. Maintenant que les gens savent qu'ils peuvent s'appuyer sur une loi bien appliquée, si quelqu'un fume là où il ne devrait pas, on n’hésite plus à lui demander d'arrêter. Les comportements ont changé. La loi nous donne le pouvoir de faire ce genre de choses. »

« Les mises en garde illustrées sur les conditionnements des cigarettes ont également eu un impact considérable. Au Bangladesh, une grande partie de la population ne sait pas lire. Les avertissements sous forme d'image revêtent donc une importance toute particulière pour diffuser ces informations pouvant sauver des vies auprès de l’ensemble de la population. Auparavant, les publicités pour les produits du tabac foisonnaient, on n’en voit plus aujourd'hui ! Nous avons maintenant des lois interdisant la publicité en faveur du tabac, la promotion et le parrainage du tabac. » 

L'une des plus grandes réussites de M. Alam à ce jour a été d’encourager l'élaboration d’un système de financement pérenne pour la lutte antitabac et d'autres projets de santé publique. Le Health Development Surcharge, propre au Bangladesh, reverse 1 % de toutes les ventes de tabac directement au budget national de la santé. En 2017, cela représentait Tk 250 crore, soit 31 millions de dollars américains.

« Nous œuvrons désormais à l'élaboration d'une structure de fiscalité du tabac qui constitue à la fois une mesure de lutte antitabac et une source supplémentaire de financement pour la santé. Elle sera incluse dans notre cadre national de lutte antitabac qui, nous l’espérons, sera inscrit dans la loi d'ici la fin de l’année. »

« L’Union est l’une des plus grandes organisations de santé publique au monde, et je suis fier d’en faire partie. Notre approche est unique, de bien des manières : elle soutient la réalisation d'initiatives, elle développe des capacités d’expertise et de leadership au niveau local, elle appuie l'élaboration de cadres juridiques et de politiques à l’échelle nationale. Ces trois éléments garantissent la pérennité de notre travail. L’Union cultive l'appropriation et l’expertise au sein des pays afin d'instaurer des structures permanentes qui permettent de continuer le travail sur la durée et de l'intensifier à l’avenir. » 

« Dans la vie, je me demande toujours ce qu'il adviendrait si je n’étais pas là. Je ressens le besoin de faire changer les choses, de laisser une trace lorsque je ne serai plus là. Et je crois pouvoir le faire dans la lutte antitabac. C’est avant tout un investissement dans l’avenir. J’espère que les fumeurs seront de moins en moins nombreux au Bangladesh et que moins de vies seront brisées à cause de cette addiction. »

 

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